Dans l'ogive au-dessus du portail, le peintre, grimpé sur un échafaudage, parut presque à mi-corps, en blouse de travail, la palette à la main.

«Mon famulus descend vous ouvrir, messieurs, dit-il avec une intonation respectueuse.

—J'en étais sûr, pardi! pensa Tartarin… Je n'avais qu'à me nommer.

Toutefois il eut le bon goût de se ranger et, modestement, n'entra qu'après tout le monde.

Le peintre, gaillard superbe, la tête rutilante et dorée d'un artiste de la Renaissance, reçut ses visiteurs sur l'escalier de bois qui menait à l'étage provisoire installé pour les peintures du haut de la chapelle. Les fresques représentant les principaux épisodes de la vie de Guillaume Tell, étaient terminées, moins une, la scène de la pomme sur la place d'Altorf. Il y travaillait en ce moment, et son jeune famoulous,—comme il disait,—les cheveux à l'archange, les jambes et les pieds nus sous son sarrau moyen âge, lui posait l'enfant de Guillaume Tell.

Tous ces personnages archaïques, rouges, verts, jaunes, bleus, empilés plus hauts que nature dans d'étroites rues, sous des poternes du temps, et faits pour être vus à distance, impressionnaient les spectateurs un peu tristement, mais on était là pour admirer et l'on admira. D'ailleurs, personne n'y connaissait rien.

«Je trouve cela d'un grand caractère!» dit le pontifiant Astier-Réhu, son sac de nuit à la main.

Et Schwanthaler, un pliant sous le bras, ne voulant pas être en reste, cita deux vers de Schiller, dont la moitié resta dans sa barbe de fleuve. Puis les dames s'exclamèrent et, pendant un moment, on n'entendit que des:

«Schön!… oh! schön…

—Yes… lovely…