Alors, de la table, une jeune fille dont il ne voyait que la chevelure en blonds relevés sur des blancheurs de neige vierge dit sans se retourner, avec un accent d'étrangère:
«Cette place est libre… mon frère est malade, il ne descend pas.
—Malade? demanda l'Alpiniste en s'asseyant, l'air empressé, presque affectueux… Malade? Pas dangereusement au moins?
Il prononçait «au mouain», et le mot revenait dans toutes ses phrases avec quelques autres vocables parasites «hé, qué, té, zou, vé, vaï, allons, et autrement, différemment», qui soulignaient encore son accent méridional, déplaisant sans doute pour la jeune blonde, car elle ne répondit que par un regard glacé, d'un bleu noir, d'un bleu d'abîme.
Le voisin de droite n'avait rien d'encourageant non plus; c'était le ténor italien, fort gaillard au front bas, aux prunelles huileuses, avec des moustaches de matamore qu'il frisait d'un doigt furibond, depuis qu'on l'avait séparé de sa jolie voisine.
Mais le bon Alpiniste avait l'habitude de parler en mangeant, il lui fallait cela pour sa santé.
«Vé! Les jolis boutons… se dit-il tout haut à lui-même en guignant les manchettes de l'Italien… Ces notes de musique, incrustées dans le jaspe, c'est d'un effet charmain…
Sa voix cuivrée sonnait dans le silence sans y trouver le moindre écho.
«Sûr que monsieur est chanteur, qué?
—Non capisco…» grogna l'Italien dans ses moustaches.