Par ici, grand roi, par ici! Admirez cette terre sacrée, théâtre où les saints solitaires se livrent constamment aux exercices pieux de la dévotion la plus austère.
LE HÉROS.
Mon admiration est également excitée à la fois par le spectacle de cet asile vénérable, et par celui des êtres vertueux qui l'habitent. En voyant ces purs esprits sans cesse plongés dans la plus profonde contemplation, à l'ombre de ces arbres immortels; tantôt occupés à se purifier dans une eau limpide et toute brillante de la poussière dorée du nénuphar sacré; tantôt ravis en extase au sein de ces grottes silencieuses ornées par la nature elle-même de roches étincelantes, je m'écrie: «Oui! ce n'est que dans ce séjour qu'habite la sainteté.»
Le héros, descendu dans les bois qui entourent l'asile sacré, aperçoit un enfant (c'est son fils, le fils de Sacountala réfugié et élevé dans cet asile). L'enfant joue avec de petits lionceaux, malgré les reproches de deux jeunes filles du monastère qui s'efforcent de le faire obéir à leur voix.
LE HÉROS, regardant du côté d'où il a entendu partir les voix.
Quoi! c'est un enfant (mais un enfant qui déjà semble déployer la vigueur d'un homme); il se révolte contre deux jeunes filles de l'ermitage qui cherchent en vain à le faire obéir. Le voilà qui, d'une main nerveuse, entraîne malgré lui un petit lionceau qu'il vient d'arracher à moitié repu à la mamelle de sa mère, et dont la crinière est encore tout en désordre.
L'ENFANT, souriant.
Allons, petit lionceau, ouvre ta gueule bien grande, que je compte tes dents.
(Les femmes continuent en vain à gourmander l'enfant.)
UNE FEMME.
Petit mutin, c'est donc ainsi que tu feras sans cesse le tourment de ces jeunes animaux, placés comme nous sous la protection de notre divin Gourou. Dans ton humeur farouche, on dirait que tu ne respires que guerre et combats!