LA SECONDE FEMME, le regardant en souriant.
Veux-tu bien le quitter?
Que cette mutinerie m'enchante! (Soupirant) Ah! mille fois heureux les pères, lorsque, en soulevant dans leurs bras un enfant chéri qui brûle de se réfugier dans leur sein, et tout couverts de la poussière de ses petits pieds, ils contemplent, à travers son gracieux sourire, la blancheur éblouissante de ses dents pures comme les fleurs, et prêtent une oreille complaisante à son petit babil, composé de mots à demi formés!
Le héros s'informe de la naissance de cet enfant dont la force rappelle l'Hercule indien Rustem. Une des femmes lui apprend qu'il est fils d'une nymphe réfugiée dans cet asile.
«Quel est son père?» demande avec anxiété le héros. «Ce serait souiller mes lèvres que de prononcer le nom de l'infâme qui n'a pas craint d'abandonner sa vertueuse épouse,» lui répond la nourrice.
«Dieux! c'est ma propre histoire,» se dit le héros à lui-même. D'autres signes de reconnaissance lui révèlent que l'enfant est son fils.
Sacountala, avertie par les nourrices des interrogations de l'étranger et des transports du héros qui presse son fils dans ses bras, paraît. Les ténèbres de l'intelligence du héros se dissipent à la vue et à la voix de l'enfant; il reconnaît la mère.
LE HÉROS.
Est-ce donc là Sacountala? s'écrie-t-il à l'aspect de la jeune mère; Sacountala, vêtue des habits de la douleur; ses beaux cheveux sans ornements, réunis en une seule tresse, signe de veuvage; son teint flétri par les larmes!... Quelle douce résignation se peint dans tous ses traits! Quelle affection elle semble encore prête à témoigner au barbare qui l'a condamnée à un si terrible abandon!