Plongé dans d'aussi profondes ténèbres, quel usage l'homme le plus prudent lui-même pourrait-il faire de son discernement? Vois l'aveugle rejeter, plein de terreur, loin de lui la couronne de fleurs dont une main amie vient de parer sa tête, et que, dans son erreur, il prend pour un odieux serpent.
(Il tombe à ses pieds.)

SACOUNTALA.

Ah! relève-toi, ô mon époux, relève-toi. Oui, j'ai été longtemps bien malheureuse; mais dans ce moment ma joie surpasse tous les maux que j'ai soufferts, puisque le fils de mon seigneur daigne avoir pitié de moi. (Le roi se relève.) Mais comment le souvenir de cette infortunée a-t-il pu renaître dans l'esprit de son époux?

DOUCHMANTA.

Chère Sacountala, je te ferai le récit de cette aventure; mais attends que la blessure de mon cœur soit un peu fermée: cependant laisse-moi essuyer cette larme, reste de celles que t'a fait répandre ma fausse erreur; cette larme qui dépare ta figure ravissante. Puissé-je, en la faisant disparaître de ta paupière humide, faire disparaître avec elle le poids de mes remords?
(Il l'essuie délicatement.)

SACOUNTALA, jetant dans ce moment les yeux sur l'anneau du roi.

Cher époux, le voilà donc ce fatal anneau!

DOUCHMANTA.

Oui, cet anneau retrouvé d'une manière tout à fait miraculeuse, et à la vue duquel le retour de ma mémoire était sans doute attaché.

SACOUNTALA.