Divinité puissante! comment ne ferais-je pas tous mes efforts pour me rendre digne de semblables bienfaits?

CANOUA.

Mon fils! est-il quelque autre faveur que je puisse t'accorder?

DOUCHMANTA.

Ô mon divin protecteur! puisque votre bonté inépuisable me permet encore de former un vœu:

Que les rois de la terre ne désirent donc de régner que pour faire le bonheur de leurs peuples! Que la déesse Sarasouati soit constamment honorée par les saints brahmanes; et qu'en mon particulier, le souverain être existant par lui-même, le tout-puissant Siva, satisfait de mon zèle à le servir, me délivre à jamais des liens d'une seconde naissance!

V

Tel est ce drame: on y aperçoit déjà un raffinement de style qui touche de près à la corruption du goût chez les peuples vieux; mais la candeur, la douceur, l'innocence des sentiments et des mœurs qui forment le fond de la religion et de la civilisation des Indes primitives, y édifient partout le lecteur ou le spectateur. On remarque en effet qu'à l'exception des mauvais génies ennemis ou jaloux des hommes, tous les personnages y sont innocents. L'intérêt y porte sur les malheurs mais non sur les crimes des hommes. Les brahmanes, prêtres de la religion et gardiens des mœurs, n'auraient pas permis sans doute qu'on donnât en spectacle à la multitude, comme on l'a fait malheureusement en Grèce, à Rome et chez nous, des passions féroces et des attentats odieux reproduits en langage et en action sur la scène, et propres à dépraver les imaginations d'un peuple religieux.

Ce caractère d'innocence du théâtre indien fait supposer que les représentations étaient des fêtes religieuses ou royales, données rarement au peuple. Les pièces étaient préalablement châtiées et destinées autant à l'édification qu'au plaisir. On n'en doute plus quand on voit que les différents modes de musique ou de danse, qui jouent un si grand rôle dans les cérémonies sacrées et dans l'instruction publique, étaient censées avoir été apportées du ciel aux hommes par les dieux.

Un cénobite de la religion de Wichnou reçoit la notion de l'art dramatique du père des brahmanes. Cette notion a été découverte par lui dans les Védas ou livres sacrés. Une divinité, épouse du dieu Siva, enseigne aux femmes de l'Inde un troisième mode de danses suppliantes, qui subsiste encore de nos jours. Le drame indien a donc sa source dans ces livres sacrés des Védas, dont l'antiquité est incalculable.