XIX
Mais, dès les âges les plus reculés aussi, une autre philosophie, la philosophie de la réalité, la véritable expression de l'homme complexe, âme et corps, une philosophie qui est raison et religion tout ensemble, vérité et consolation à la fois, une philosophie dont on retrouve les dogmes et les préceptes dans les premiers monuments littéraires de l'Inde, a réfléchi au lieu de rêver, et a trouvé dans la douleur même les deux seuls remèdes à la douleur: l'acceptation et la sanctification.
Cette philosophie découle des premiers livres sacrés de l'Inde jusque dans la philosophie du christianisme de nos jours. Nous la préférons mille fois à celle de la perfectibilité soi-disant indéfinie. Nous la trouvons aussi plus facile à pratiquer. Elle repose sur cet axiome: «Il est plus aisé de sanctifier la terre que de la transformer.»
Elle ne dit pas à l'homme de sourire quand il sanglote, ou d'espérer quand il désespère. Elle lui dit: «Ta douleur est méritée ou ta douleur est méritoire; accepte-la de la main de Dieu comme une expiation, ou accomplis-la sous les yeux de Dieu comme une épreuve. Ton juge sera ton consolateur, ton éternité compensera ta minute; souffre pour justifier ta race coupable, ou souffre pour conquérir ta propre félicité; et, dans l'une ou l'autre hypothèse, bénis!»
XX
Voilà la philosophie qui émane de la première théologie connue, celle de l'Inde antique. Nous allons vous en donner une idée sommaire dans l'examen des livres sacrés et des poëmes primitifs de ce premier des peuples littéraires. Les philosophes du progrès indéfini en théologie, en morale et en littérature, nous diront ensuite si de telles idées, de tels dogmes, de tels préceptes et de telles poésies, à l'aube des siècles, sont de nature à les confirmer dans leur système de l'homme brute au commencement, de l'homme dieu à la fin des âges.
XXI
Les premiers de ces livres sacrés se retrouvent dans l'Inde; on ne peut assigner de date à ces livres, tant la date en est reculée. Ce sont les Védas.
Les Védas sont un recueil d'hymnes consacrés aux divinités symboliques de ce temps primitif; ces hymnes célèbrent les attributs personnifiés du Dieu unique et créateur que les sages adoraient derrière ces incarnations, et que le peuple adorait dans ces incarnations.
«Les Védas, dit M. Barthélemy Saint-Hilaire, sont, chez le peuple indien lui-même, le fondement, le point de départ d'une littérature qui est plus riche, plus étendue, si ce n'est aussi belle que la littérature grecque.»