Quant à nous, nous la trouvons mille fois plus belle; car cette littérature est plus morale, plus sainte et pour ainsi dire plus divinisée par la charité qu'elle respire: c'est la littérature de la sainteté; celle des Grecs n'est que la littérature des passions.
«Poëmes épiques, continue le savant traducteur, systèmes de philosophes, théâtres, mathématiques, grammaire, droit, le génie indien a tenté toutes les grandes directions de l'intelligence. De son propre aveu, ce sont les Védas qui ont inspiré cette littérature.»
Les Védas sont des chants pareils à ceux des prophètes et de David dans la Bible; avec cette différence que les chants bibliques ne sont que des cris lyriques d'enthousiasme, d'adoration, de crainte ou d'amour à Jéhovah, tandis que les hymnes des Védas indiens sont en même temps des dogmes religieux. La poésie lyrique des prophètes hébreux est mille fois plus sublime d'expression, les hymnes des Védas ont plus d'enseignement de morale et de vertu dans leurs strophes. Il y a cependant de magnifiques percées d'imagination sur la création, et sur le chaos qui couvait le monde avant sa naissance.
XXII
«Alors rien n'existait, dit un de ces hymnes, ni le néant, ni l'être, ni monde, ni espace, ni éther; il n'y avait point de mort, il n'y avait point d'immortalité, il n'y avait ni lumière ni ténèbres. Mais la création future reposait sur le vide. Glorifier Dieu fut le désir de naître pour le premier germe de la création...
«Cependant il y avait Lui, dit le livre, il y avait Dieu; lui seul existait sans respirer, il existait absorbé en lui-même dans la solitude de sa propre pensée, de sa pensée tournée en dedans de lui pour jouir de la contemplation de lui-même. Il n'y avait rien en dehors de lui, rien autour de lui; il n'y avait que lui avec lui!»
Quelle métaphysique déjà profondément spiritualiste, que cette création par le désir occulte qui presse toute chose, non encore née, de naître pour s'unir à Celui de qui tout sort et à qui tout retourne, afin de l'aimer et de le glorifier?
«C'est ainsi, poursuit l'hymne sacré, que les sages, méditant dans leur cœur et dans leur entendement, ont expliqué le passage du néant à l'être; mais Lui, Dieu, quelle autre source put-il avoir que lui-même? Lui seul peut savoir si cela est ainsi, ou si cela est autrement.»
XXIII
Un autre de ces hymnes complète lyriquement cette définition par un cri répété de foi et de reconnaissance au Dieu unique créateur, et conservateur des êtres connus.