«Il naissait à peine de lui-même et déjà il était le seul maître des mondes créés par lui; il remplit le ciel et la terre: à quel autre Dieu offrirons-nous l'holocauste?

«Le monde ne respire et ne voit qu'en lui: à quel autre Dieu offrirons-nous l'holocauste?

«À lui appartiennent ces sommets inaccessibles de montagnes blanchies, ce firmament, cet Océan sans limites avec tous ses flots; à lui l'espace où il étend ses deux bras sans toucher les bords: à quel autre Dieu offrirons-nous l'holocauste?

«C'est lui que le ciel et la terre, soutenus par son esprit, frémissent du désir de voir, quand le soleil dans sa splendeur surgit à l'orient: à quel autre Dieu offrirons-nous l'holocauste?

«C'est lui qui parmi tous les dieux secondaires (incarnations de ses attributs) a toujours été le vrai Dieu, le Dieu suprême: à quel autre offrirons-nous l'holocauste?...»

Cette litanie sublime des perfections et des droits divins du Dieu créateur se poursuit de strophe en strophe avec l'accent d'un Te Deum de l'âme, ivre de joie d'avoir entrevu son auteur.

XXIV

La création de l'homme n'est pas célébrée dans un autre hymne avec moins de métaphysique et moins de poésie pleine de symbole.

«Dieu pensa; il se dit: Voilà les mondes! Je vais créer maintenant les hôtes de ces mondes. Il créa un être revêtu d'un corps; il le vit; et la bouche de cet être s'ouvrit comme un œuf brisé; de sa bouche sortit la parole, de la parole sortit le feu; les narines s'ouvrirent, et des narines sortit le souffle, et du souffle sortit l'air qui se dilate et se répand partout; les yeux s'ouvrirent, et des yeux jaillit la lumière, et de cette lumière fut produit le soleil; les oreilles se sculptèrent, et des oreilles naquit le son qui donne le sentiment du loin et du près (des distances); la peau s'étendit, et de cet épiderme étendu naquit la chevelure, de cette chevelure de l'homme naquit la chevelure de la terre, les arbres et les plantes! etc., etc.»

On voit qu'en sens inverse du matérialisme moderne, qui fait naître l'intelligence des sensations brutales de la matière douée d'organes, le spiritualisme déjà raffiné des sages de l'Inde fait naître les phénomènes matériels de l'intelligence.