«Moi-même,» poursuit le demi-dieu Krisna dans sa leçon à son disciple, «moi-même je pratique les bonnes œuvres; et cependant, par ma nature divine, je n'ai rien à faire, rien à désirer pour moi-même dans les trois parties (les trois continents connus du globe alors), et cependant je vis dans l'accomplissement des devoirs moraux. Si je n'accomplissais pas exactement ces devoirs, tous les hommes suivraient bientôt mon exemple, ce monde abandonnerait son devoir; je serais la cause de la production du mal, j'éloignerais les hommes du droit chemin. De même que l'ignorant remplit les devoirs de la vie dans l'espoir d'un salaire, de même le sage parfait doit les remplir sans motif personnel d'intérêt, mais pour le bien; et le bien, il le fait pour Dieu! Voilà le sage. Ceux qui atteignent cette doctrine seront sauvés par leurs œuvres, les autres seront retardés.»

XXXVII

«Mais par qui, ô Krisna,» demande le disciple, «les hommes sont-ils poussés à commettre le mal?»

«Apprends,» répond le maître, «qu'il y a une concupiscence ou un désir mauvais, fille du principe charnel, pleine de péchés, et sans cesse agissant en nous, dont le monde est enveloppé comme la flamme est enveloppée par la fumée, le fer par la rouille; c'est dans les sens, dans le cœur, dans l'intelligence pervertie, qu'il se plaît à travailler l'homme et à engourdir son âme. Applique-toi à le vaincre dans tes passions domptées.

«On admire vos organes matériels, mais l'âme est bien plus admirable: l'âme est au-dessus de l'intelligence; mais qui est au-dessus de l'âme? Combats ton ennemi, qui prend en toi la forme du désir!»

XXXVIII

«Où va l'homme après sa mort?» demande le disciple. «Le bien va au bien, et le mal au mal,» répond le maître; «mais l'homme ne cesse pas d'exister sous d'autres formes jusqu'à ce qu'il soit régénéré tout entier dans le bien.»

Puis le dieu se définit lui-même par la voix inspirée et extatique du maître surnaturel.

«Des hommes d'une vie rigide et laborieuse,» dit-il, «viennent devant moi humblement prosternés, sans cesse glorifiant mon nom, et constamment occupés à mon service. D'autres me servent en m'adorant, moi dont la face est tournée de tous côtés: ils m'adorent avec le culte de la sagesse, uniquement, distinctement, sous diverses formes. Je suis le sacrifice; je suis le culte; je suis l'encens; je suis l'invocation; je suis les cérémonies qu'on fait aux mânes des ancêtres; je suis les offrandes; je suis le père et la mère de ce monde, l'aïeul et le conservateur. Je suis le seul saint digne d'être connu. Je suis le consolateur, le créateur, le témoin, l'immuable, l'asile et l'ami. Je suis la génération et la dissolution, le lieu où résident toutes choses, et l'inépuisable semence de toute la nature. Je suis la clarté du soleil, et je suis la pluie. Je suis Celui qui tire les êtres du néant et qui les y fait rentrer. Je suis la mort et l'immortalité. Je suis l'être!

«Regarde ce monde comme un lieu de passage triste et court, et sers-moi uniquement; le reste est néant! Je pardonne au pécheur quand il revient à moi, et je purifie le souillé! Je suis dans ceux qui me servent et m'adorent en vérité, et ils sont dans moi... Si celui qui a mal agi revient à moi et me sert, il est aussi justifié que le juste!... Unis ton âme à moi, et regarde-moi comme ton asile, et tu entreras en moi!...»