XL
Le dialogue suivant explique la théorie du bien pour le bien, du renoncement complet au fruit de la bonne action, de la vertu pour elle-même, des sacrifices. On croit lire Fénelon dans ses plus pieuses extases de l'amour de Dieu pour Dieu seul.
«Écoute, et retiens maintenant mes dernières paroles,» dit en finissant le maître; «ce sont les plus mystérieuses; je vais te les dire pour ton bonheur, parce que tu es mon bien-aimé...»
Il résume en peu de mots toute cette doctrine au disciple, et lui recommande de ne la révéler qu'à ceux qui l'aiment.
«Et maintenant,» ajoute le maître divin, «as-tu écouté avec attention? et le nuage de ton esprit, qui ne vient que d'ignorance, est-il dissipé?»
«Il est dissipé,» répond le disciple, «et j'ai retrouvé à ta voix l'entendement. Je serai ferme maintenant dans la foi, et je vais agir conformément à ce que je crois.»
«Et c'est ainsi,» chante alors le poëte, «que je fus témoin et auditeur du miraculeux entretien entre le fils de Vaaseda et le magnanime fils de Pandoa, et que j'ai obtenu la faveur d'entendre cette suprême et divine doctrine, telle qu'elle a été révélée par Krisna lui-même, le dieu de la foi. Plus je repasse dans mon esprit ce saint et merveilleux dialogue de Krisna et d'Arjoùn, plus mon cœur est dilaté par une joie surnaturelle. En quelque lieu que soit Krisna, le dieu de la foi; en quelque lieu que soit Arjoùn, le puissant lanceur de flèches, là se trouvent certainement la vérité, la fortune, la victoire et la vertu!»
Y a-t-il rien dans ce langage et dans ces doctrines théologiques et morales, datant de quatre mille six cents ans, qui atteste la prétendue barbarie et la grossière superstition que certains philosophes ont besoin d'attribuer au vieux monde pour motiver leur orgueilleux système? N'y sent-on pas, au contraire, ou la sagesse d'un âge déjà très-avancé en foi et en vertu, ou le reflet encore tiède et lumineux d'une révélation primitive mal effacée de la mémoire des hommes? Ne dirait-on pas, à la lecture de ces lignes, qu'une racine pleine de la séve morale du christianisme futur végétait dans les flancs de l'Himalaya?
Avant de feuilleter avec vous la littérature de l'Inde primitive, il fallait vous donner une idée de la philosophie religieuse de ces peuples, car avant de parler il faut penser.
Passons aux poëmes de cette littérature. Ses poëmes sont tout à la fois son histoire en poésie et sa théologie en actions.