Le jeune roi, doué d'un courage héroïque, aussi habile à monter un cheval fougueux qu'à dompter un éléphant ivre de fureur, toujours vainqueur, soit qu'il se servît de la lance ou de la massue, du cimeterre ou de l'arc, semblable en majesté au chef des immortels, en éclat au dieu puissant de la lumière, était l'amour et l'admiration de son peuple.

Un jour, accompagné d'une armée immense composée de chevaux, de fantassins, d'éléphants et de chars, il résolut de se rendre à une vaste et épaisse forêt pour s'y livrer au plaisir de la chasse. Comme il s'avançait au milieu des acclamations des guerriers, des sons perçants de la conque et de la trompette, confondus avec le bruit des chars, le hennissement des chevaux et le cri sauvage des éléphants, une foule de femmes, brûlant de voir le jeune héros dans tout l'appareil de sa grandeur, se précipitent sur les terrasses voisines de son passage. «Oh! c'est l'intrépide Vasou lui-même, s'écrient-elles transportées de joie. Indra, armé de ses foudres, s'avancerait avec moins de splendeur!» Et mille mains gracieuses faisaient à l'envi descendre sur sa tête une pluie de fleurs, tandis que de vertueux brahmanes, les bras tendus vers le ciel, cherchaient à attirer sur le monarque les faveurs de Brahma (le dieu de l'Inde, le dieu créateur).

Un nombreux cortège de citoyens de toutes les classes s'empressa de suivre jusqu'à la forêt leur souverain chéri. Porté sur un char aussi rapide que l'est dans son vol Souparna, la célèbre monture de Vichnou s'enfonça bientôt sous des ombrages impénétrables à la lumière, séjour où tout inspirait une religieuse terreur. Désolé, abandonné par l'homme, habité seulement par l'éléphant sauvage, le lion, le tigre et autres bêtes féroces y troublaient sans cesse les airs de leurs affreux rugissements. Inquiétés dans leur asile, ils se précipitent avec rage sur les chasseurs acharnés à leur poursuite, et ceux-ci ont besoin de toute leur adresse et de toute leur vigueur pour se rendre maîtres d'une aussi terrible proie.

Douchmanta leur donne le premier l'exemple de l'intrépidité et de l'audace. Plus d'un tigre furieux tombe, soit assommé d'un coup de sa massue, soit percé de ses flèches rapides. Relancés de toutes parts, on voit des lions, des éléphants par troupe se rendre, couverts d'écume et de sueur, dans le voisinage des eaux pour y éteindre le feu qui les dévore; mais la plupart tombent épuisés de fatigue sur les bords des étangs, et meurent en jetant d'horribles cris. Poussés par le désespoir, d'autres se retournent, se jettent en furieux sur leurs imprudents ennemis, et, les foulant aux pieds ou les étreignant dans leurs énormes trompes, en tirent une terrible vengeance. C'est ainsi que cette forêt, tout à l'heure si bruyante, ne présente bientôt plus que l'aspect d'un funeste champ de carnage, dévoué au silence, couvert de cadavres, souillé de sang et jonché de tronçons de lances brisées, de massues, d'arcs, de flèches, et de débris d'armes de toute espèce.

VIII

Cependant les chasseurs, aiguillonnés par le pressant besoin de la faim, dépècent un certain nombre de cerfs et autres bêtes fauves qui, échappés à la dent meurtrière des animaux féroces, étaient aussi tombés sous leurs coups. Ils font rôtir les chairs amincies sur un brasier ardent, s'en repaissent, et goûtent quelques heures de repos.

Mais bientôt Douchmanta donne les ordres du départ, poursuit sa marche, et, après avoir traversé une plaine stérile, il entre avec son cortége dans une seconde forêt d'un aspect bien différent de la première. Ce n'est plus cette sauvage horreur que la nature, abandonnée à elle-même, imprime aux vastes solitudes; ici tout se ressent de la présence et des travaux de l'homme. Ce ne sont plus les rugissements du lion, les cris du tigre qui viennent effrayer les voyageurs; mais le bramement lointain du cerf, le chant des oiseaux, le bourdonnement de l'abeille, retentissant doucement à son oreille, portent dans les esprits un sentiment inexprimable de calme et de bonheur. Les arbres les plus élégants, mariant avec grâce leurs flexibles rameaux courbés sous le poids des fruits et des fleurs, se balancent au souffle du zéphyr qui leur dérobe en passant les plus suaves odeurs, et les répand au loin dans les airs; sur la pelouse émaillée, des troupes de Gandharvas et d'Apsaras (sorte de nymphes dans la mythologie indienne), brillantes de jeunesse, se poursuivent dans leurs jeux folâtres, et glissent d'un lieu à l'autre comme des ombres légères.

IX

Le héros s'égare avec délice sous les dômes de feuillages, où les rayons brisés du soleil ne laissent pénétrer qu'une indécise et pâle lumière, et la tiédeur de l'air suffisante seulement pour tempérer la fraîcheur des forêts. Il arrive sur les bords fleuris d'une rivière qui descend, pure et fraîche, des glaciers de l'Himalaya. Il y découvre un bocage sacré qui abritait l'ermitage d'un saint vieillard solitaire nommé Canoua, célèbre, dans toutes les Indes, par sa sagesse, son don de prophétie et son ascétisme. De distance en distance, sur les rives du fleuve, on voyait la fumée des sacrifices s'élever entre les cimes des arbres vers le ciel; des groupes de brahmanes, prêtres et religieux, dissertaient entre eux sur les mystères, ou chantaient en vers les exploits historiques des anciens héros; d'autres se livraient, pour atteindre à la perfection spirituelle, à des contemplations extatiques, à des pénitences qui domptent et anéantissent les sens.

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