Après quelques jours passés dans les fêtes et dans les douceurs de l'amour, le héros repart pour sa capitale, et l'ermite revient après une longue absence.

Sacountala, confuse, tremble de paraître devant lui et de lui avouer son mariage avec le roi. Mais, par le don de prophétie dont il est doué, l'ermite sait tout avant l'aveu. «Ô femme mille fois heureuse, dit-il à Sacountala, le nœud que tu viens de former secrètement, et sans m'avoir consulté, n'est pas contraire à nos saintes lois. Le fils qui doit naître de cette union sera égal à son père, et donnera naissance à une race de héros!»

Rassurée par ce pardon et par cette promesse, Sacountala débarrasse avec joie le saint prophète de la corbeille lourde de fruits qu'il vient de cueillir; elle verse sur ses pieds fatigués une eau rafraîchissante, et, d'une voix caressante, elle le supplie de protéger son époux et elle dans ses prières, et de demander au ciel la gloire à leurs descendants.

XIII

Après cette première partie le poëme se presse vers l'infortune et vers le dénoûment. Le fils né de Sacountala croît dans l'ermitage avec tous les instincts et tous les pressentiments d'un héros. Son enfance rappelle les jeux d'Hercule au berceau.

Cependant le héros, pour éprouver son épouse, feint d'avoir oublié Sacountala et son fils. Il n'a plus reparu dans les forêts voisines de l'ermitage. Le saint dit à sa fille que le temps est venu de sommer le roi d'accomplir sa promesse, et de proclamer l'enfant roi et successeur de son père. Un cortège religieux magnifique accompagne Sacountala à la capitale. Écoutons le poëte.

«Voilà,» disent les religieux compagnons de Sacountala, ton épouse fidèle qui arrive de la forêt sacrée avec son fils, beau comme les immortels, et demande à présenter ses hommages à son époux et à son roi.»

Le roi fait un signe de consentement.

Sacountala, tenant son fils par la main, s'avance avec une timidité pleine de crainte et de grâce: «Ô roi,» dit-elle, «les temps sont accomplis où un jeune enfant, fruit de notre légitime union, doit être sacré! Tiens ta parole, ô toi chef et modèle des hommes! ressouviens-toi des nœuds indissolubles qui nous lièrent, ressouviens-toi de l'ermitage de Canoua!»

Le roi feint d'avoir tout oublié. Sacountala se trouble, chancelle, s'indigne, s'évanouit, reprend ses sens.—«Un juge caché n'est-il donc pas en toi?» lui dit-elle. «Peux-tu te croire seul quand tu fais le mal? Le soleil et la lune, le feu et le vent, la terre et le firmament, et la vaste étendue des eaux, le jour et la nuit, les deux crépuscules du matin et du soir, tous les éléments sont les témoins des actions les plus secrètes de l'homme: s'il n'a point agi contre la voix intérieure de sa conscience, le juge incorruptible le fait jouir d'une félicité éternelle; mais si en étouffant cette voix il s'adonne au crime, il est condamné aux plus terribles châtiments.»