«Oh! amis cruels,» reprend-il tout à coup en se détournant de Dieu vers l'homme, «jusques à quand me persécuterez-vous comme Dieu de vos discours, et vous complairez-vous à vous repaître de ma chair et de mon sang?»
Puis de ce mouvement de colère il retombe, comme retombe la nature, dans une langueur de tristesse; et il se rappelle les rêves de félicité qu'il faisait dans sa jeunesse.
«Et je me disais: Je mourrai dans mon petit nid comme le passereau, et mes jours seront, avant ma mort, aussi nombreux et aussi féconds que les rameaux du palmier.
«Ma racine s'étend le long des eaux courantes, et la rosée ne s'évapore pas sur mes branches!»
Quant au langage qu'il prête à Dieu et quant à l'énergie de son pinceau dans les descriptions lyriques qui parsèment le drame; tout cela est à la hauteur du Créateur et de la création. Ainsi, scène, passion, style, tout est surhumain, et cependant la philosophie dépasse encore la scène, la description, la passion, le drame.
Quelle est donc cette philosophie?
C'est tout l'homme, c'est-à-dire c'est la soumission intelligente et raisonnée à la suprême volonté, qui n'est la suprême puissance que parce qu'elle est en même temps la suprême sagesse et la suprême bonté.
Écoutons, soit dans la bouche du jeune Élihu, le moins âgé et par conséquent le moins endurci de ses amis, soit dans la bouche de Job lui-même, après son accès de blasphème, cette admirable philosophie antédiluvienne, devenue la philosophie du désert de Hus, philosophie que l'homme n'aurait jamais inventée si elle ne lui eût été révélée d'en haut par ses communications plus intimes et plus directes avec la sagesse divine dans cette enfance de l'humanité, non encore déchue à l'époque où Dieu lui-même, comme un père et comme une mère (selon l'expression sanscrite), faisait dans un Éden quelconque l'éducation de sa créature.
X
Après que Job a épuisé toute sa colère et défié Dieu lui-même de le convaincre d'une seule faute dont le châtiment puisse justifier son malheur, ce jeune Élihu se lève avec la modestie touchante qui convient à ses années.