Mais ce supplice est une réhabilitation après la mort, s'il est bien accepté; nous en avons pour gage la justice de Dieu, une de ses perfections, qui ne mentent pas.

Pour que cette réhabilitation fût possible, il fallait que l'homme fût libre de mériter sa réhabilitation et son immortalité dans une autre vie.

Pour qu'il fût libre, il fallait qu'il y eût combat méritoire et à armes égales entre son intelligence et ses passions; il fallait que sa conscience fût en lui-même le juge de la victoire ou de la défaite.

Pour que ce combat, dont l'immortalité est le prix, fût possible, il fallait qu'il y eût assez de ténèbres sur notre âme pour autoriser le doute, assez de lueurs pour éclairer la foi.

Sans ces ténèbres, l'évidence de Dieu aurait foudroyé l'âme de vérité et de vertu, contraint l'équilibre entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres. N'existant plus dans l'homme, le péché aurait cessé d'être possible, et la sainteté aurait cessé d'être méritoire. L'homme n'aurait plus eu sa part d'action propre dans sa propre destinée; en cessant d'être libre il aurait cessé d'être homme; sa vertu forcée l'aurait dégradé de sa vertu volontaire. La volonté eût péri avec la liberté. Or, qu'est-ce que la création sans volonté? C'est la matière.

Voilà, non pas sans doute le mot, mais l'ombre du mot divin de l'énigme de nos misères et de nos ténèbres dans notre condition humaine. Le mot est dur et lourd, mais il est divin. Le soulever depuis le berceau jusqu'à la tombe, c'est le fardeau et l'effort de l'homme. Un jour ce mystère nous sera révélé dans sa vérité et dans sa plénitude. Il nous est permis de le déplorer jusque-là, mais alors nous n'aurons qu'à le bénir et à l'adorer!

XX

Dans cette condition, non acceptée, mais forcée, que l'existence ténébreuse et misérable fait à l'homme, dans cette vie de supplice ou d'épreuve, l'homme n'a le choix qu'entre deux philosophies:

La philosophie de la révolte, comme celle du Satan biblique ou de Job au commencement de son dialogue avec Dieu: c'est le crime et la démence de la volonté de l'homme substituée à celle de Dieu.

Ou la philosophie de la résignation, de la foi, de l'acceptation, du repentir et de l'immortelle certitude.—Scio quod Redemptor meus vivit.—Je sais qu'il y a une justice et une réhabilitation dans le ciel! C'est la philosophie de la raison, car Dieu, comme dit Élihu à Job, est plus grand que nous; c'est la philosophie de la nécessité, car Dieu, comme ses œuvres le disent à Job, est plus fort que nous; c'est la philosophie de la sainteté, car, comme dit l'Évangile, c'est la conformité de la misérable, fragile et perverse volonté de l'homme à la volonté parfaite, sainte et divine de Dieu; c'est la divinisation de la volonté humaine, car notre volonté devient Dieu en s'assimilant contre elle-même à Dieu!