Le second acte s'ouvrit sous ces impressions. Personne n'avait ni parlé ni respiré entre ces deux actes. La grandeur de la scène, la majesté du pontificat, l'intervention divine pressentie dans le grand-prêtre, la divinité surtout de la langue des vers dont la perfection faisait oublier le rhythme pour ne penser qu'au sens, enfin la voix et la prononciation de Talma, qui résumait dans son accent tous les échos souterrains ou célestes du Temple, suspendaient la vie des auditeurs. La présence du roi et des princes, cette autre maison de Juda pour la France restaurée, et restaurant avec elle la religion et la poésie de Louis XIV, ajoutait à la puissance de l'impression quelque chose de tendre, d'antique, de miraculeux.

À la première scène, des femmes et un enfant éperdus s'élancent des profondeurs du temple sur la scène: c'est Josabeth, la nourrice de Joas sauvé, les femmes et les filles des lévites, et Zacharie, fils de Josabeth, élevé avec Joas dans le temple, mais ne connaissant encore ni le vrai nom ni le rang de son frère de lait. Zacharie annonce à sa mère la présence inattendue et sacrilége d'Athalie dans le temple.

ZACHARIE.

... Dans un des parvis aux hommes réservé,
Cette femme superbe entre, le front levé,
Et se préparait même à passer les limites
De l'enceinte sacrée, ouverte aux seuls lévites.
Le peuple s'épouvante et fuit de toutes parts.
Mon père... Ah! quel courroux animait ses regards!
Moïse à Pharaon parut moins formidable.
«Reine, sors, a-t-il dit, de ce lieu redoutable,
D'où te bannit ton sexe et ton impiété.
Viens-tu du Dieu vivant braver la majesté?»
La reine, alors sur lui jetant un œil farouche,
Pour blasphémer sans doute ouvrait déjà la bouche.
J'ignore si de Dieu l'ange se dévoilant
Est venu lui montrer un glaive étincelant;
Mais sa langue en sa bouche à l'instant s'est glacée,
Et toute son audace a paru terrassée.
Ses yeux, comme effrayés, n'osaient se détourner;
Surtout Éliacin paraissait l'étonner.

JOSABETH.

Quoi donc! Éliacin a paru devant elle?

Athalie, suivie de son général Abner, paraît; elle révèle en une langue digne de Corneille sa politique; mais le remords l'agite sous la figure de ses songes.

C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit;
Ma mère Jézabel devant moi s'est montrée,
Comme au jour de sa mort pompeusement parée;
Ses malheurs n'avaient point abattu sa fierté;
Même elle avait encor cet éclat emprunté
Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage,
Pour réparer des ans l'irréparable outrage.
« Tremble, m'a-t-elle dit, fille digne de moi;
Le cruel Dieu des Juifs l'emporte aussi sur toi.
Je te plains de tomber dans ses mains redoutables,
Ma fille.» En achevant ces mots épouvantables,
Son ombre vers mon lit a paru se baisser;
Et moi, je lui tendais les mains pour l'embrasser...
Mais je n'ai plus trouvé qu'un horrible mélange
D'os et de chair meurtris, et traînés dans la fange,
Des lambeaux pleins de sang, et des membres affreux,
Que des chiens dévorants se disputaient entre eux.

ABNER.

Grand Dieu!