Dans la chanson la Comète de 1832, il s'impatiente sans pitié contre les amis qu'il a lancés au trône et au pouvoir, et contre un monde qui s'agite, mais qui ne se transforme pas.

N'est-on pas las d'ambitions vulgaires,
De sots parés de pompeux sobriquets,
D'abus, d'erreurs, de rapines, de guerres,
De laquais-rois, de peuples de laquais?
N'est-on pas las de tous nos dieux de plâtre;
Vers l'avenir las de tourner les yeux?
Ah! c'en est trop pour si petit théâtre;
Finissons-en: le monde est assez vieux,
Le monde est assez vieux.

Les jeunes gens me disent: Tout chemine:
À petit bruit chacun lime ses fers;
La presse éclaire, et le gaz illumine,
Et la vapeur vole aplanir les mers.
Vingt ans au plus, bonhomme, attends encore;
L'œuf éclôra sous un rayon des cieux.
Trente ans, amis, j'ai cru le voir éclore;
Finissons-en: le monde est assez vieux,
Le monde est assez vieux.

Dans la touchante ballade de Jeanne la Rousse, il descend par sa pitié jusqu'aux haillons de la misère. Il y a du Shakspeare dans ce chansonnier: écoutez!

JEANNE LA ROUSSE
OU LA FEMME DU BRACONNIER.

Un enfant dort à sa mamelle;
Elle en porte un autre à son dos.
L'aîné, qu'elle traîne après elle,
Gèle pieds nus dans ses sabots.
Hélas! des gardes qu'il courrouce
Au loin le père est prisonnier.
Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse!
On a surpris le braconnier.

Je l'ai vue heureuse et parée;
Elle cousait, chantait, lisait.
Du magister fille adorée,
Par son bon cœur elle plaisait.
J'ai pressé sa main blanche et douce
En dansant sous le marronnier.
Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse!
On a surpris le braconnier.

Un fermier riche et de son âge,
Qu'elle espérait voir son époux,
La quitta, parce qu'au village
On riait de ses cheveux roux.
Puis deux, puis trois; chacun repousse
Jeanne, qui n'a pas un denier.
Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse!
On a surpris le braconnier.

Mais un vaurien dit: «Rousse ou blonde,
Moi, pour femme, je te choisis.
En vain les gardes font la ronde;
J'ai bon repaire et trois fusils.
Faut-il bénir mon lit de mousse:
Du château payons l'aumônier.»
Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse!
On a surpris le braconnier.

Doux besoin d'être épouse et mère
Fit céder Jeanne, qui, trois fois
Depuis, dans une joie amère,
Accoucha seule au fond des bois.
Pauvres enfants! chacun d'eux pousse
Frais comme un bouton printanier.
Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse!
On a surpris le braconnier.