Et les enfants viendraient, penchés sur tes eaux vives,
Regarder ce que Dieu sous la vague accomplit,
Et le sacré vieillard qui me guide à tes rives
S'assoirait pour prier sur les fleurs de ton lit,
Et de ses saisons passées
Les images retracées
Feraient jouer ses pensées
Autour de ses cheveux blancs,
Comme, quand l'hiver assiége
Le chaume qui les protége,
On voit dehors, sur la neige,
Au seuil de leurs maisons jouer de blonds enfants!
VIII
Mais tu ne me réponds que par des coups de foudre;
Tu ne fais que du vent, de l'écume et du bruit;
Ton flot semble pressé de se réduire en poudre
Et d'échapper au vent dont l'aile te poursuit!
Cours donc où va le tonnerre,
Et le tremblement de terre,
Et l'aigle échappé de l'aire,
Et le coursier qui dit: Va!
Toutes choses insensées,
Par un vague instinct chassées,
Et qui semblent si pressées
D'échapper à Jéhovah!
IX.
Mais moi, l'enfant du Père, et que ce nom rassure,
Je m'y sens attiré d'un invincible aimant.
Ce nom chante pour moi dans toute la nature,
Et mon cœur sans repos le sait même en dormant.
Ainsi, fatigué de veille,
L'enfant de chœur qui sommeille,
Du cierge, qu'ourdit l'abeille,
Laisse vaciller le feu;
Sur le parvis qu'il traverse,
En dormant sa main le berce:
La torche en vain se renverse;
La flamme se redresse et monte encore à Dieu!
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XV
Je montrai un jour, en revenant à la ville, ce petit cantique au vieux prêtre. Il ne put s'empêcher de dérider les plis toujours un peu sévères de sa bouche; il applaudit même à deux ou trois de mes images, surtout à celle des saintes pensées des vieillards comparés à des enfants qui jouent en hiver sur la neige sans sentir le froid, et à celle de l'enfant de chœur assoupi qui laisse pencher le cierge sans que la flamme cesse de monter à Dieu.
Il me demanda de lui écrire plus correctement ce cantique pour le faire lire au père Debrosse, supérieur du collége, mais il ne le lut point à ses élèves dans la classe, sans doute de peur de manquer à la discipline antipoétique de nos leçons.
Les jésuites cependant en eurent connaissance; ils m'en firent plusieurs fois compliment depuis pendant les récréations, et, après leur dispersion, on dut retrouver cette ébauche, parmi les papiers du père Debrosse, dans les balayures des greniers du collége.
Cette ébauche ne méritait pas un autre sort. La poésie se compose de trois choses: sentiment, peinture, musique. Dans ce cantique d'enfant, il n'y avait encore que de la musique et un peu de peinture; le rhythme m'enivrait déjà; mais le rhythme seul ressemble à ce chef d'orchestre qui bat la mesure avec son archet pendant les silences de la mélodie.