Ils sont dans ce père infortuné, enfermé avec ses quatre fils dans les demi-ténèbres de cette tour.
Ils sont dans l'enfance et dans l'innocence de ces quatre fils punis pour le crime de leur père.
Ils sont dans l'angoisse muette qui saisit le père jusqu'à le pétrifier au bruit inusité des verrous de la porte basse qu'on scelle et qu'on rive pour jamais.
Ils sont dans ce regard effaré et énigmatique que le père attache sur ses pauvres enfants à ce bruit qui renferme cinq condamnations à une mort lente.
Ils sont dans l'étonnement du plus jeune de ses fils, qui, voyant ce regard et n'en comprenant pas encore la signification, demande à son père: Padre, che hai (qu'as-tu, ô père)?
Ils sont dans cette lueur du jour qui pénètre tous les matins par le soupirail dans le cachot pour marquer aux condamnés un espace de moins, un supplice de plus, et pour leur rappeler qu'un soleil de vie, de joie et de liberté, éclaire pendant leurs ténèbres le reste du monde.
Ils sont dans ce songe sanglotant des petits enfants endormis qui rêvent la faim avant de la sentir, et qui demandent en songe cette nourriture que la crainte de déchirer le cœur de leur père les empêche de demander éveillés.
Ils sont dans ce second regard du père, après la troisième nuit, qui interroge avec terreur le visage de ses fils, et qui reconnaît sur ces quatre suaires vivants de sa passion l'empreinte de son propre visage.
Ils sont dans ce silence des deux jours et des deux nuits suivantes, où les cinq victimes se taisent de peur que le son de leur voix ne porte un coup de plus au cœur les uns des autres.
Ils sont dans ce plus jeune et plus aimé des enfants qui se jette et s'étend pour mourir aux pieds de son père, et qui lui adresse dans le délire de l'agonie ce mot plus cruel que mille morts, ce reproche déchirant du mourant au mourant: «Mon père, pourquoi ne me secours-tu pas?»