Cette année-là, on admirait cela en France.
Le sensualisme obscène des tableaux produisait ce cynisme grossier de l'expression; il faut le pardonner à un enfant qui prenait l'engouement pour le goût; le temps prenait bien l'ordure du mot pour la force du style.
Les deux rivaux se battent en duel sur le rempart. On pressent déjà de grandes qualités de poésie épique dans la description du combat.
Comme on voit dans l'été, sur les herbes fauchées,
Deux louves, remuant les feuilles desséchées,
S'arrêter face à face, et se montrer la dent;
La rage les excite au combat; cependant
Elles tournent en rond lentement, et s'attendent;
Leurs mufles amaigris l'un vers l'autre se tendent.
Tels, et se renvoyant de plus sombres regards,
Les deux rivaux, penchés sur le bord des remparts
S'observent,—etc., etc.
Don Paez est vainqueur. Étur est tué.
Amour! .........
s'écrie le poëte, un moment ému involontairement lui-même par son propre récit,
Amour, fléau du monde, exécrable folie,
Toi qu'un lien si frêle à la volupté lie,
Quand par tant d'autres nœuds tu tiens à la douleur,
Si jamais, par les yeux d'une femme sans cœur,
Tu peux m'entrer au ventre et m'empoisonner l'âme,
Ainsi que d'une plaie on arrache une lame,
(Plutôt que comme un lâche on me voie en souffrir)
Je t'en arracherai, quand j'en devrais mourir.
Ces vers sont vigoureux. Mais voyez comme la matérialité de la sensation se révèle jusque dans ces élans par la brutalité des mots.
Tu peux m'entrer au ventre........
Un poëte spiritualiste, surtout un jeune poëte aurait dit: tu peux m'entrer au cœur, mais cela aurait ennobli l'amour en l'élevant du rang de sensation au rang de sentiment. Entre ces deux mots il y a la distance qui existe entre l'âme et la chair, entre don Juan et Platon. Alfred de Musset s'était fait le poëte de la chair et des nerfs, il devait dire: «tu peux m'entrer au ventre!» Ce n'était pas une affectation de style, c'était une conséquence de principes. Il y a plus de rapports qu'on ne le suppose entre la vie et le goût.