«La belle planète qui invite à aimer faisait sourire l'Orient tout entier, etc., etc.»

Un ange à qui ses ailes servent de rames lui fait traverser la mer qui entoure l'île des âmes en suspens.

«Les âmes qui se préparaient à m'accueillir, s'apercevant à ma respiration que j'étais encore vivant,» dit le poëte, «pâlirent du prodige.

«Et, de même qu'un messager de paix qui porte la branche d'olivier à la main entraîne sur ses pas la multitude pressée d'apprendre les nouvelles sans que personne s'inquiète s'il foule autrui, de même, etc.»

Une de ces âmes le reconnaît et l'embrasse; sans la connaître il veut lui rendre son embrassement; mais, ô surprise! «Trois fois,» dit-il, «je passai mes bras derrière elle pour la serrer contre mon cœur, et trois fois mes bras vides revinrent frapper ma poitrine.» Cette âme est celle d'un musicien de ses amis qui lui chante un des vers amoureux de la jeunesse de Dante:

Amour, qui dans le cœur me parles!

Les âmes ravies écoutent. Caton les gourmande sur leur indolence.

«Telles que des colombes groupées autour du froment ou de l'ivraie qu'on leur jette, tranquilles et sans montrer leur turbulence accoutumée, si quelque chose apparaît qui les inquiète, laissent soudain là leur nourriture, parce qu'elles en sont distraites par un plus grand souci;—ainsi vis-je cette nouvelle foule d'âmes abandonner l'attention qu'elles donnaient à ce chant et s'enfuir sur la plage, semblables à quelqu'un qui va machinalement sans savoir où ses pas le mènent!»

Ce sont de pareilles peintures, véritablement homériques, qui éblouissent ou charment à chaque instant les yeux, presque à chaque page du Purgatoire. La fibre irritée du poëte de l'Enfer s'était détendue dans un plus long exil, et son talent avait évidemment grandi avec ses années.

XV