Une âpre et sublime imprécation à l'Italie, imprécation devenue immortelle dans la bouche de tous les patriotes, éclate tout à coup au sixième chant; mais c'est l'imprécation d'un Gibelin qui gourmande son peuple pour avoir rejeté son César.
«Ah! Italie esclave! hôtellerie de douleur, navire sans nocher dans la grande tempête, non reine des provinces, mais lieu infâme de prostitution!
«Et pas un de ceux qui vivent maintenant dans ton sein n'est en paix au milieu de tes guerres civiles! Et ceux qu'enferment dans la même ville un même rempart et un même fossé se mangent entre eux.
«Regarde, misérable! sur tous les rivages que baignent tes mers, et puis regarde dans l'intérieur de tes provinces s'il y a une seule parcelle de toi qui soit en paix!
«À quoi bon Justinien ressaisit-il les rênes, si la selle est vide? Sans cela, peut-être moins mérité serait ton opprobre!
«Ah! peuple qui devrais être plus dévoué à ton vrai maître et laisser ton César s'asseoir sur ta selle, si tu comprenais mieux ce que Dieu veut de toi!
«Regarde comme cette bête féroce est devenue indomptée depuis qu'elle n'est plus mutilée par l'éperon et que tu as porté la main à l'étrier!
«Ô Albert l'Allemand qui l'abandonnes à elle-même et qui la laisses devenir rétive et sauvage, tandis que tu devrais enfourcher l'arçon!
«Qu'un juste châtiment tombe des étoiles sur ta race, et que ce châtiment soit nouveau et évident, afin qu'il fasse trembler ton successeur!
«Viens! viens! Vois ta Rome qui pleure, veuve de toi, solitaire, et qui te crie la nuit et le jour: «Mon César, pourquoi t'éloignes-tu de moi!»