On ne peut invoquer plus clairement l'invasion de sa patrie par l'étranger. L'exil peut dénaturer jusqu'au patriotisme dans les âmes qui ont plus de vengeance que de vertu. Tel était Dante.

Il faudrait autant de pages de commentaires que de vers pour expliquer les innombrables allusions des chants qui suivent. Cependant le huitième chant s'ouvre par des stances aussi suaves que le soir d'été, aussi mélancoliques qu'un adieu sans retour. Traduisons-les.

«C'était l'heure qui reporte le regret des navigateurs vers le rivage et qui attendrit leurs cours à la fin du jour où ils ont dit l'adieu à ceux qu'ils aiment!—l'heure qui poigne d'amour le voyageur à peine parti, s'il entend résonner dans le lointain la cloche qui semble pleurer le jour mourant! etc.»

La description du matin, au neuvième chant, n'est pas moins vive, quoique moins connue.

«À l'heure où, près du matin, l'hirondelle commence à gazouiller ses tristes lais, peut-être en souvenir de ses premiers malheurs, heure pendant laquelle notre âme errante pleure dégagée du corps, et, plus reprise par la pensée pour ses visions, est presque élevée à sa nature divine,—je vis en songe un aigle aux ailes d'or, etc.»

On retombe bientôt dans les ténèbres d'un texte obscur et incohérent, où brillent, par moments, quelques vers de diamant comme ceux-ci:

«Orgueilleux chrétiens! déjà fatigués de vos misères, vous qui, à demi privés de la vue de l'intelligence, n'avez foi que dans les pas en arrière,—ne savez-vous donc pas que nous ne sommes que des vers de terre nés pour devenir l'angélique papillon qui vole invincible au-devant de l'éternelle justice?...»

XVII

Après plusieurs autres chants où le poëte, de plus en plus inintelligible, fatigue le lecteur de ses innombrables rencontres avec des personnages plus ou moins inconnus de la Bible, de la fable ou de l'histoire florentine, il se ressouvient enfin de Béatrice, qui semble représenter pour lui l'amour et la foi.

«Mon fils,» lui dit Virgile, «entre ta Béatrice et toi il n'y a plus de mur.»