«À la gloire,» commence-t-il, «de celui qui meut toute chose (mens agitat molem), qui pénètre de son essence l'univers entier, et qui resplendit avec plus d'évidence dans certaines parties de son œuvre, avec moins de clarté dans d'autres; je suis monté, moi, dans le ciel, et j'y ai vu des choses qu'on ne peut redire quand on est redescendu ici-bas!»
Puis il invoque, aussitôt après, le bon Apollon et le Parnasse au double sommet, afin que ce dieu de l'Olympe le tire, comme il tira Marsyas, de la gaîne de ses membres. Cette fois, c'est Béatrice qui vole devant lui; elle fixait la lumière des soleils, et lui regardait cette lumière en elle.
«Je m'absorbai tellement dans son essence,» dit-il, «que je devins semblable à Glaucus, qui, en se repaissant de l'herbe marine, devint de la nature des autres dieux.
«Amour qui gouvernes le ciel, tu le sais, toi qui me soulevas par ta lumière!»
Cette idée de s'ouvrir le ciel par l'amour et de voir Dieu par les yeux de la femme qu'il a tant aimée rappelle sans cesse l'amant dans le théologien. On pressent Pétrarque et Abailard dans le philosophe et dans le poëte toscan.
Il s'épouvante des océans de lumière qu'il traverse; il interroge Béatrice; elle rectifie ses idées. «Avec un soupir de tendre compassion,» dit-il, «elle abaissa ses regards sur moi avec ce visage d'une mère qui se penche sur son petit enfant en délire.» Elle lui explique, dans un admirable langage, les lois de l'ordre matériel et de l'ordre moral. C'est Aristote et Platon en vers.
«Ô vous,» s'écrie alors le poëte saisi d'enthousiasme, «vous qui, sur une trop petite nacelle, désirez suivre mon navire qui chante en voguant,—rebroussez chemin vers les bords, ne vous lancez point sur cette vaste mer; car, si vous veniez à me perdre de vue, vous resteriez égarés!—Les ondes sur lesquelles je m'aventure ne furent jamais parcourues. Minerve m'inspire, Apollon me conduit, des muses nouvelles me montrent l'étoile de l'Ourse!—Vous ne pouvez affronter la haute mer qu'en suivant le sillon que je trace dans ces vagues qui se referment derrière moi!»
Après ce second exorde lyrique il vogue.
«Béatrice,» dit-il de nouveau, «regardait en haut, et moi je regardais en elle!»
Il entre avec elle dans la première étoile. Écoutez le poëte.