«Et l'ortie du remords me piqua si cruellement au cœur que, plus j'avais aimé les autres choses qui m'avaient détourné d'elle, plus je les pris en dégoût.»
XXI
Ici l'allégorie toujours froide et confuse de la foi représentée par une femme et de la vertu représentée par l'amour recommence. Béatrice passe son bras d'amante autour du cou de son amant; elle lui plonge la tête dans les eaux purifiantes du ruisseau. Le ruisseau représente sans doute la grâce. Puis elle l'introduit dans la société de quatre belles femmes qui chantent: «Ici nous sommes nymphes, et dans le ciel nous sommes étoiles. Avant que Béatrice fût descendue du ciel, nous lui fûmes données pour suivantes.
«Tourne, ô Béatrice, tourne les yeux vers ton fidèle, qui, pour te revoir, a fait tant de pas! Accorde-nous, par grâce, de dévoiler devant ses yeux ta bouche, afin qu'il contemple la seconde beauté que tu lui dérobes encore!»
Un griffon, un char où montent avec le griffon ces nymphes, un arbre qui mue ses feuilles, un aigle qui sème ses plumes sur le char, un dragon qui en sort et qui y replonge sa queue, sept têtes qui sortent ensuite du timon et des quatre coins du char, un géant qui embrasse une courtisane impudique dont je n'ose traduire ici le nom obscène, un vaisseau brisé par un serpent, des naïades qui trouvent le mot des énigmes, les sept nymphes à l'extrémité d'une ombre pâle, des dialogues prophétiques et inintelligibles entre Béatrice et son amant, une eau salutaire bue à grands flots par le Dante et par Virgile et Stace, ces guides, sont les dernières visions du poëme.
«Mais parce que mon papier est plein,» dit le poëte, «que j'avais destiné à ce second cantique, le frein de l'art m'interdit de le continuer plus longtemps. Je me sens pur et disposé à monter jusqu'aux étoiles.»
Voilà le poëme du Purgatoire, plein d'allégories glaciales, d'allusions obscures, d'inventions étranges, de rencontres touchantes, de vers surhumains.
Montons avec le Dante au Paradis, où les fortes ailes de son génie étaient faites pour le porter sur des imaginations plus sensées.
TROISIÈME PARTIE.
LE PARADIS.
Dès les premiers vers on reconnaît le même poëte, poëte des limbes, entre les fantômes du moyen âge et les crépuscules de la Renaissance.