«Comme l'oiseau parmi les feuilles dont il aime l'ombre, étendu sur le nid de ses deux nouveau-nés pendant la nuit qui nous voile toute chose, pour jouir de la vue de ses chers petits, et pour chercher la nourriture dont il les embecque, soins qui lui font trouver douces les plus dures fatigues, devance l'heure matinale sur la plus haute branche nue et attend avec une ardente impatience le soleil, regardant fixement le côté où l'aube se lève...»
C'est par ces vers qu'il prélude à l'apparition de la Vierge Marie, à laquelle il chante, dans le vingt-troisième chant, un Te Deum de l'amour. La maternité y est peinte dans un divin tercet:
«Comme un petit enfant qui tend encore ses bras vers sa mère après qu'il en a épuisé le lait, attiré vers elle par la puissance de l'amour qui émane du dedans jusqu'au dehors!»
Le mysticisme se change ensuite en véritable délire. Les feux conversent, les flammes chantent; le poëte lui-même, interrogé sur la foi, répond des choses plus dignes du pédantisme de l'école que des évidences célestes dans lesquelles il nage. «La foi,» dit-il, «est la substance des choses espérées et l'argument des choses invisibles, et cela en vérité me paraît la quidité, l'essence de la foi; et de cette foi il convient de syllogiser, sans en avoir d'autre vue, puisque l'intention y tient lieu de preuve. Et ce syllogisme-là conclut en moi avec tant de subtilité que toute autre démonstration me paraît stupide.» Il part de là pour chanter le Credo de la Trinité dans ces trois vers:
«Et je crois en trois personnes éternelles; et je les crois si triples et si une à la fois qu'elles admettent à la fois pour les nommer sunt et est (elles sont ou elle est).»
Ici un poétique orgueil s'empare pindariquement du Dante, et il commence son vingt-cinquième chant par un triomphe anticipé qu'il se décerne à lui-même.
«Si jamais il arrive,» s'écrie-t-il, «que ce poëme sacré, auquel ont mis la main le ciel et la terre, et qui pendant tant d'années m'a exténué de maigreur, triomphe de la cruauté de ma patrie, qui me relègue hors du beau bercail où je dormis petit agneau, ennemi des loups qui lui font la guerre; avec une autre voix alors, avec un autre vêtement reviendra le poëte, et sur les fonts de mon baptême je prendrai la couronne!»
Il décrit, pendant trois autres chants, l'indescriptible nature des Anges, des Trônes, des Séraphins; puis, tout à coup, comme lassé lui-même de ces anatomies de l'invisible, il se retourne contre les arguties de la théologie et les flagelle en vers acerbes.
«Le Christ n'a point dit à son premier cénacle: Allez, et prêchez au monde ces bavardages; mais: Donnez un fondement solide à ma doctrine. Maintenant avec des quolibets et des bouffonneries on s'en va prêcher, et, pourvu qu'on fasse rire, le capuchon s'enfle, et on n'en demande pas davantage! Mais sous le capuchon se niche un tel oiseau que, si le vulgaire le voyait, il verrait aussi la niaiserie de ceux qui s'y fient! C'est de cela que le cochon de saint Antoine s'engraisse, et bien d'autres qui sont pires que des porcs, payant le monde en fausse monnaie!»
Après cette burlesque imprécation il rentre dans les contemplations extatiques du paradis. «Mais,» dit-il, «à ce pas difficile je me sens vaincu plus que ne le fut jamais, à aucun tournant de son poëme, aucun poëte ou tragique ou comique!»