LE CONQUÉRANT.
Homme qui me confonds, quel est donc ton destin?
LE VIEILLARD.
Je suis né dans ces bois, j'y passai ma jeunesse;
Une épouse et deux fils embellissent ma fin.
Six chèvres et nos bras, voilà notre richesse;
Elle nous a suffi: nous en bénissons Dieu.
Mais voici le chemin, seigneur, et je vous laisse.
Pardonnez à mon âge...
LE CONQUÉRANT.
Heureux vieillard, adieu.
J. P. de Béranger.
XXXVI
On voit que le chantre futur de l'amour de la gloire sentait déjà le néant de la gloire et de l'amour, et qu'il avait le pressentiment lointain de ce détachement des grandeurs humaines, qui devint longtemps après la sagesse de ses vieux jours.
On voit aussi que, si Béranger avait persévéré dans ce genre sérieux et mélancolique de poésie, qui était plus qu'on ne le croit la tendance de son âme, il aurait égalé les poëtes les plus sensibles et les plus mélodieux de son siècle.