Las d'errer avec la Victoire,
Des lois il deviendra l'appui.
Chaque soldat fut, grâce à lui,
Citoyen aux bords de la Loire.
Seul il peut voiler nos malheurs:
Déployons-le sur la frontière.
Quand secouerai-je la poussière
Qui ternit ses nobles couleurs?
Mais il est là, près de mes armes:
Un instant osons l'entrevoir.
Viens, mon drapeau! viens, mon espoir!
C'est à toi d'essuyer mes larmes.
D'un guerrier qui verse des pleurs
Le Ciel entendra la prière.
Oui, je secouerai la poussière
Qui ternit tes nobles couleurs!
Ici le refrain n'a rien de banal ou de pastiche, comme dans tant d'autres de ses meilleures chansons. Il sort du sujet, il en fait partie; sa répétition même lui donne de la force; c'est le cri de guerre comprimé dans la poitrine du soldat, c'est le cri du peuple, c'est la clameur du chœur antique qui semble répondre aux larmes du vétéran. L'habileté du poëte d'opposition n'y est pas moins sensible que dans les chansons précédentes; car, en face du drapeau blanc qui règne par la paix, le cri de la gloire devient un cri séditieux. Derrière le rideau il y a un tribun dans le soldat, dans le peuple, dans le poëte.
XIV
L'audace de Béranger s'accroît avec le succès.
La chanson de Louis XI est plus qu'un cri séditieux, c'est une invective sanglante, disons-le, injuste contre le vieux roi libéral, Louis XVIII, à qui sa vieillesse et ses infirmités mêmes sont imputées à crime. Ce sont des villageois qui parlent:
Notre vieux roi, caché dans ces tourelles,
Louis, dont nous parlons tout bas,
Veut essayer, au temps des fleurs nouvelles,
S'il peut sourire à nos ébats.
Quand sur nos bords on rit, on chante, on aime,
Louis se retient prisonnier:
Il craint les grands, et le peuple, et Dieu même;
Surtout il craint son héritier.
Voyez d'ici briller cent hallebardes
Aux feux d'un soleil pur et doux.
N'entend-on pas le Qui vive des gardes
Qui se mêle au bruit des verrous?
Il vient! il vient! Ah! du plus humble chaume
Ce roi peut envier la paix.
Le voyez-vous, comme un pâle fantôme,
À travers ces barreaux épais?