«Diomède s'élance; tel un lion, hardi de cœur, franchissant les palissades d'une bergerie, fond sur les brebis à la laine épaisse; s'il est légèrement blessé, mais non terrassé par le berger qui les défend, sa rage et sa vigueur s'accroissent de sa blessure. À cet aspect, le berger, cessant de défendre son troupeau, se cache lui-même dans le bercail, tremblant de rester au grand jour; les brebis, groupées par la terreur, se pressent les unes contre les autres, tandis que le lion plus ardent bondit dans le vaste enclos, etc.»
XI
Les coursiers, ces combattants auxiliaires de l'homme, jouent dans les batailles un rôle presque égal à celui des héros. Homère les décrit en peintre équestre et les chante en poëte convaincu de l'intelligence, du cœur, de l'héroïsme des animaux, avec tous les détails de leur race, de leur éducation, de leur nourriture, de leur attelage aux chars de guerre.
Vénus elle-même, en voulant dérober son favori Énée à la mort, est blessée à la main par Diomède; elle remonte au ciel et se plaint à Jupiter. Jupiter la réprimande amoureusement de son imprudence. Mars, le dieu de la guerre, va encourager les Troyens dans leurs murs. Le vaillant Hector, fils belliqueux de Priam, ramène les siens au combat. Le choc est terrible: «Comme le vent, dans une aire où l'on bat le froment consacré, lorsque la blonde Cérès sépare au souffle des zéphyrs le grain de son écorce légère, comme on voit alors blanchir tous les lieux voisins, de même les combattants sont couverts d'une blanche poussière! Elle tourbillonne jusqu'à la voûte solide des cieux, sous les pas des chevaux qui revolent aux combats.»
Les Grecs plient devant Hector.
Junon s'attendrit sur leur sort. Elle fait atteler par Hébé son char de guerre céleste, dont la description technique attesterait seule qu'Homère avait été apprenti chez l'armurier consommé Tychius. Pallas monte avec Junon sur ce char.
«Autant qu'un homme assis sur un roc élevé découvre d'espace dans l'horizon quand il regarde la mer azurée, autant les coursiers divins en franchissent d'un bond!» Les deux déesses forcent Mars blessé à abandonner les Troyens pour aller se faire panser dans le ciel.
Le combat reprend au sixième chant avec une abondance de détails et une continuité de meurtres qui fatigue déjà le lecteur. Des harangues injurieuses, échangées entre les guerriers des deux camps, en accroissent la monotonie. On sent l'ennui, ce poison presque inévitable des longues épopées. Mais les Grecs contemporains ou survivants d'Homère ne devaient pas le sentir, parce que tous ces héros étaient leurs ancêtres, tous ces dieux leurs dieux. Mais là est le vice des poëmes nationaux; ils n'ont plus, après un certain temps, le même intérêt pour tous les hommes. Le cœur humain et la nature sont seuls d'un attrait universel et qui se renouvelle avec tous les temps.
XII
Mais cet intérêt renaît à la rentrée d'Hector dans Ilion. Il traverse aux portes Scées, auprès d'un grand hêtre, les vieillards, les femmes, les filles des Troyens, qui l'interrogent sur leurs fils, leurs frères, leurs époux, leurs amis. Il monte au palais de Priam, son père. On voit par la description de ce palais combien les arts de l'architecture et de la décoration étaient antérieurs même aux époques reculées chantées par le premier des épiques.