Ici le poëte change de note sur sa lyre et décrit en vers presque burlesques les travaux et les aventures de Vulcain, ce dieu forgeron, époux de Vénus, condamné à faire rire l'Olympe comme un bouffon de cour.

«Il dit: le dieu massif et difforme s'éloigne en boitant de l'enclume; ses jambes grêles flageolent sous son corps; ensuite il place ses soufflets loin de la flamme, et dans un coffre d'argent il rassemble tous les outils de son métier. Puis avec une éponge il essuie son front, ses mains, son cou robuste et sa poitrine velue... Il marche avec un disgracieux effort, prend la main de Thétis et lui dit ces mots, etc.»

Thétis lui demande des armes pour Achille; il lui en fabrique de si belles que leur description, et surtout la description du bouclier d'Achille, sont à elles seules, sous la main d'Homère, un poëme de paysage accompli. Combien je regrette que l'étendue trop considérable de ce chef-d'œuvre m'empêche de vous le traduire en le commentant ici! Les bas-reliefs de ce bouclier sont une civilisation tout entière. Rien n'est comparable à ce tableau en relief dans toutes les œuvres didactiques de l'antiquité et des siècles modernes. Homère n'aurait chanté que ce bouclier qu'il serait le premier des sculpteurs, des peintres, des pasteurs, des armuriers, des politiques, des philosophes et des poëtes. C'est le Phidias de la parole, sept siècles avant le Phidias du ciseau.

XXVII

Achille, revêtu de ses armes, reparaît au camp des Grecs. Agamemnon se décide à lui rendre Briséis. «La belle Briséis, semblable à la belle Vénus, aperçoit, en sortant de la tente d'Agamemnon, le corps du bon Patrocle, son protecteur dans le temps qu'elle appartenait à Achille; elle meurtrit son sein, elle ensanglante son cou délicat, son doux visage; elle s'écrie en pleurant: Ô Patrocle! toi l'ami le plus cher d'une malheureuse, je te laissai plein de vie quand je quittai les tentes d'Achille, et maintenant que j'y retourne je te retrouve sans vie, ô pasteur des peuples! Non, je ne cesserai point de pleurer ta mort, toi qui fus toujours doux envers moi!» Homère, dans ce passage, pleure comme il chante, aussi incomparable de naturel dans l'élégie que dans la bataille.

Achille devient femme lui-même pour pleurer son compagnon et son ami; puis il revêt son bouclier, «d'où rejaillit une lueur semblable à la lune. Ainsi sur la haute mer apparaît de loin aux matelots la flamme d'un feu allumé sur les montagnes.» Sa harangue à ses coursiers est une preuve de plus de l'intelligence presque humaine que les hommes primitifs attribuaient à ces nobles animaux.

Le plus apprivoisé de ces coursiers, Xante, répond à son maître par un mouvement de tête qui répand sa crinière, en signe de deuil, sur le collier, sur le joug et jusqu'à terre. Xante prédit à son maître une mort prochaine. «Xante, réplique Achille, pourquoi me prédire la mort? Cela ne te sied pas, à toi! Je sais que ma destinée est de périr ici, loin de ma mère et de mon père!» Il dit, et, poussant un cri terrible, il lance ses généreux coursiers au combat.

XXVIII

Les vingtième et vingt et unième chants ne sont encore qu'une magnifique, mais interminable mêlée d'hommes et de dieux, combattant, avec des succès divers, sous les murs d'Ilion. Le sang coule comme l'eau du Simoïs et du Scamandre. Achille immole des héros sans nombre à sa fureur; les Troyens sont refoulés près de leurs murailles.

«Le vieux roi priam, debout sur la plate-forme de la tour sacrée d'Ilion, aperçoit le héros redoutable. Il descend de la tour et ordonne aux gardes de fermer les portes aussitôt que les Troyens fugitifs les auront franchies.»