Le féroce Achille attache à son char le cadavre d'Hector et le traîne trois fois dans la poussière autour du tombeau de Patrocle. Les dieux indignés se soulèvent à la voix d'Apollon. Jupiter décide qu'Achille recevra enfin la rançon du corps d'Hector par son père, le vieux Priam. Il envoie la messagère céleste, Iris, pour donner ce conseil au héros des Grecs. «Entre les rochers d'Imbros et de Samos, Iris, dit le poëte, se précipite dans les noires ondes et la mer gémit sous son immersion. Elle plonge au fond de l'abîme, comme le plomb suspendu à la corne d'un bœuf sauvage s'enfonce sous les vagues et porte l'appât meurtrier aux poissons dévorants.» Cette étrange et pittoresque comparaison révèle des procédés de pêche en usage aux bords de l'Ionie et inconnus aujourd'hui.
Thétis, mère d'Achille, se rend à l'ordre de Jupiter, et va dans la tente d'Achille parler à son fils. Admirez avec quelle connaissance de la nature Homère fait insinuer la pitié par la bouche d'une femme, dont le cœur est pétri de plus de larmes et de plus de tendresse que le nôtre.
«Ô mon fils, dit Thétis après avoir caressé de sa main divine la tête de son fils, jusqu'à quand, triste et chagrin, rongeras-tu ton cœur, oubliant la nourriture et le doux sommeil? Il est bon cependant de s'unir d'amour à une épouse. Hélas! tu n'as pas longtemps à vivre! Rends la liberté au corps inanimé d'Hector, accepte la rançon de son cadavre.»
XXXII
Iris, après avoir fait fléchir Achille par sa mère Thétis, se rend dans Ilion au palais de Priam.
«Les fils de ce roi, assis sur les portiques autour de leur père, trempaient de larmes leurs riches vêtements. Au milieu d'eux, le vieillard est enveloppé d'un manteau qui le couvre tout entier. Un nuage de poussière, ramassé de ses propres mains pendant qu'il se roulait à terre, couvre sa tête et ses épaules. Ses filles et les femmes de ses fils se lamentent dans le palais, au souvenir de ceux si nombreux et si vaillants qui ont perdu la vie sous le fer des Grecs.»
Priam consulte la vieille Hécube, son épouse, sur l'idée qui le possède d'aller racheter le corps de son fils dans le camp d'Achille. Hécube, épouvantée sur le sort du vieillard, l'en dissuade.
«Ah! plutôt, dit-elle, pleurons à l'écart dans notre palais. Lorsque j'enfantai Hector, la Parque inflexible fila sa destinée pour qu'il fût un jour livré aux chiens dévorants par un féroce ennemi! Ah! que ne puis-je l'étreindre et dévorer son cœur pour venger le malheur de mon cher fils!»
Priam ne cède pas à ces craintes d'Hécube; il tire de ses coffres les présents magnifiques, tapis, vêtements, talents d'or, trépieds, vases, coupes, dont il compose la rançon du corps de son fils. Puis, importuné par les lâches gémissements des Troyens et de ses fils, il entre en fureur et les chasse du portique avec des reproches injurieux. «Que n'êtes-vous morts tous à la place d'Hector!»
On attelle les mules au char. Ce départ, qu'on voudrait citer en entier, est une des scènes les plus splendidement décrites et les plus pathétiquement pleurées de l'Iliade. La tragédie antique n'a rien de plus éclatant sur les larmes des rois.