Il prend les présents, il fait laver et parfumer le corps d'Hector, il le fait envelopper d'un manteau pour éviter à Priam l'horreur de voir le visage de son fils. Il rentre après ces soins rendus au héros; il annonce à Priam que son fils, placé sur un char, lui sera rendu le lendemain. Il le console, le fait asseoir à sa table.
Priam, après avoir mangé et bu, contemple Achille, «si grand et si fort semblable à un dieu.»
Achille contemple à son tour et admire «le vieillard au visage majestueux.»
Ils s'entretiennent sans ressentiments mais non sans larmes. Achille fait préparer pour son hôte un lit recouvert de riches tapis et de moelleuses couvertures sous le vestibule de sa tente, de peur que quelques-uns des princes, en entrant pour tenir le conseil la nuit dans sa tente, ne reconnaissent Priam et n'avertissent Agamemnon.
XXXIV
Avant l'aube du jour, le vieillard et son écuyer attellent les mules au char qui porte le cadavre d'Hector, et reviennent, sans avoir été vus par Agamemnon, sous les murs d'Ilion. La piété filiale d'une fille de Priam, Cassandre, veille au sommet d'une tour de la ville. Cassandre reconnaît la première le cortége de son père et de son frère. Elle jette un cri, et ses gémissements remplissent la ville.
«Venez! voyez-le de vos propres yeux, Troyens, et vous, Troyennes, s'écrie Cassandre, ô vous qui pendant sa vie le receviez avec tant de triomphe à son retour des combats! Alors il était la joie d'Ilion et de tout son peuple!»
Hécube et Andromaque, la mère et l'épouse, s'élancent les premières sur le char pour toucher la tête d'Hector!
«Cher époux, dit Andromaque en soutenant cette tête dans ses bras pendant que le char traverse la ville, tu perds la vie à la fleur de tes jours, et tu me laisses veuve dans nos demeures. Ce fils (Astyanax), encore dans sa tendre enfance, ce fils que nous engendrâmes tous les deux, malheureux que nous sommes! ne parviendra pas, je pense, jusqu'à son adolescence. Ilion, avant ce temps, sera précipitée de son élévation! car tu n'es plus, toi qui sauvais les chastes épouses des Troyens et leurs tendres enfants! Bientôt elles seront entraînées captives sur les vaisseaux ennemis, et moi sans doute avec elles!... Tu me suivras, ô mon enfant! et, ravalé à d'indignes emplois, tu travailleras pour un maître cruel; ou bien un de ces Grecs, t'arrachant de mes bras, te précipitera du sommet d'une tour, pour venger la mort d'un frère, d'un père ou d'un fils immolé par la main d'Hector; car un grand nombre de Grecs, sous le poids du bras d'Hector, a mordu la terre, et ton père, ô mon fils! n'était pas faible dans la chaleur funeste des batailles. Aussi, vois comme tout le peuple le pleure dans Ilion!... Ah! tu laisses à tes parents un deuil inconsolé, cher Hector; mais c'est à moi surtout que sont réservées les amères douleurs. Hélas! de ton lit funèbre tu ne m'as pas tendu ta main, tu ne m'as point dit les dernières paroles, dont je me serais souvenue sans cesse, et les jours et les nuits, en versant des larmes!»