Est-ce que nous avons allumé une de ces guerres révolutionnaires qui flattent un moment les passions militaires d'un peuple, mais qui font crier le sang des nations contre leurs auteurs longtemps après que ce sang est tari?

Est-ce que, la révolution finie, à l'avénement de l'Assemblée constituante à Paris, il a manqué un cheveu à une tête, une borne à un héritage, un grain de sable au champ du plus riche ou du plus pauvre des citoyens, une patrie à un innocent?

Est-ce que nos paroles n'auraient pas été aussi respectueuses pour les personnes que nos actes pour la souveraineté du pays? Est-ce qu'il nous serait échappé, des lèvres, non du cœur, la plus légère offense aux vaincus? Est-ce que nous n'avons pas décrété d'enthousiasme qu'il n'y avait pas de vaincus, pas de vainqueurs? qu'il n'y avait que la France appartenant du même droit à tous ses enfants?

D'où viennent donc ces représailles sans griefs, sans justice et sans générosité?

Hélas! faut-il le dire à la honte de notre espèce? Ce n'est pas parce que nous sommes coupable, c'est parce que nous sommes malheureux!... Ô renversement étrange du sens moral dans ces cœurs contre nature! Soyez malheureux, on vous achève. Le vrai crime aux yeux de ces gens-là, c'est d'être sans crime: ils vous haïssent par dépit de n'avoir rien à vous pardonner.

«Il fallait vous servir contre nous de la force des révolutions quand vous l'aviez en main,» nous disent aujourd'hui avec une amère ironie ces écrivains qui nous battent la joue de leur plume.

Eh bien! non; nous ne voudrions pas à ce prix de vos éloges; nous aimons mieux être invectivé pour notre innocence que d'être loué pour la peur que nous aurions faite au plus timide de nos concitoyens. Vous nous apostrophez en ricanant du nom dérisoire de Sylla d'un jour! Ah! si nous avions fait comme Sylla, peut-être baiseriez-vous le pan de notre manteau quand nous passons dans les rues de Rome. Mais tous ces sarcasmes ne nous font ni changer de pensée, ni changer de cœur; nous vivrions mille vies que nous les dévouerions encore à vous préserver autant qu'il serait en nous, non pas seulement d'une blessure au cœur, mais d'une piqûre à l'épiderme. Les égards font partie de la charité civique. Si vous l'oubliez quelquefois, c'est une raison pour nous de nous en souvenir.

Des dieux que nous servons connais la différence

II

Et de quoi nous accusent ces écrivains? De ce qu'il y a de plus ignominieux dans le métier des lettres: de chercher, selon leurs viles expressions, «DU BRUIT POUR DE L'ARGENT.»