Il endort en effet par les sons de sa harpe les convulsions du roi.
Saül s'attache à cet enfant, comme le malade à celui qui le soulage; il le garde quelques jours au camp; puis l'enfant retourne à son troupeau, vers Bethléem.
IX
Nous avons parcouru nous-même, non loin de Bethléem, cette charmante vallée du Térébinthe.
Saül y était alors campé devant les Philistins pour leur fermer l'accès des groupes de montagnes et des plateaux élevés de Judée qui portent Sion et Bethléem.
C'est une vallée de Grèce cachée entre les âpres montagnes de Chanaan. Les flancs abaissés en larges degrés de ces montagnes descendent comme des plis de terre grisâtre vers le fond du vallon; les pentes sont tachées çà et là de groupes de grands arbres noirs, cyprès, cèdres, sapins. Ces arbres rares gardent un pan de leur ombre aux troupeaux sur ce sol calciné.
Un torrent traverse la vallée en serpentant à peine; son lit, desséché à l'époque où je le traversai, semble rouler des galets et des rochers au lieu d'ondes. Mes chevaux et mes ânes n'y trouvèrent pas une flaque d'eau pour y tremper leurs langues.
C'est ce torrent qui séparait le camp de Saül du camp des Philistins. On se rend parfaitement compte, à l'aspect des lieux, de la situation des deux armées et de la stratégie très-militaire de Saül, pour couvrir les villes et les pâturages de son petit peuple. De légers monticules, entre lesquels les Philistins, venant du côté de la Syrie, cherchaient à se glisser, font onduler la vallée au delà du lit du torrent. Plus loin l'horizon se noie dans la brume lumineuse que le soleil de Judée fait rejaillir des rochers, des flancs des collines et des pierres roulées des fleuves taris.
Cette scène des premiers exploits de l'enfant poëte surgit devant moi comme une pastorale de Théocrite. Je la vois encore aujourd'hui, et j'y vois l'enfant près du térébinthe, avec sa harpe d'écorce et avec sa fronde de berger.