Cependant l'immobilité des deux armées se prolongeait; l'une n'osait pas avancer, l'autre ne pouvait pas reculer sans livrer le peuple. Tout se bornait à des insultes et à des bravades entre les postes avancés. Un guerrier colossal, un bâtard de Geth, une espèce d'Achille asiatique, nommé Goliath, défiait et immolait tous les jours les plus valeureux guerriers de Saül.
Le père de David, Isaï, qui avait ses trois fils les plus avancés en âge à l'armée, dit un jour au petit David: «Va au camp, et porte à manger, à tes frères, ces pains d'orge et ces dix fromages; tu me rapporteras de leurs nouvelles.»
David obéit, remet son troupeau à un berger et va dans le camp. On ne s'y entretenait que du géant, l'effroi de l'armée et du peuple; on n'y parlait que des récompenses promises par Saül à celui de ses guerriers qui abattrait l'insolence du bâtard de Geth.
Le berger laisse ses dix pains et ses dix fromages aux mains des gardes des bagages, aux barrières du camp. Il s'avance jusqu'aux avant-postes pour voir la bataille; il y rencontre l'aîné de ses frères. Celui-ci le gronde de sa curiosité. «Pourquoi es-tu venu? Et pourquoi as-tu laissé ce peu de brebis abandonnées au désert? Je reconnais bien là ton orgueil et la malice de ton cœur. Tu es descendu pour regarder la bataille!»
L'enfant se détourne humblement et continue à s'informer du prix que l'on propose à celui qui réprimera les outrages du bâtard de Geth. Il va enfin s'offrir à Saül pour accomplir cet exploit.
«Tu n'es qu'un faible adolescent,» lui dit le roi avec incrédulité, «et ce Philistin est un guerrier consommé dès sa jeunesse!»—«Quand l'ours ou le lion venait pour enlever un mouton du troupeau de mon père, j'ai tué l'ours et le lion,» répond David.
XI
On revêt le berger de la cuirasse, du casque, des armes du roi.—«Je ne puis marcher sous cette armure,» dit-il, «car je n'en ai pas l'habitude.»
Il dépouille ces armes; il ne prend que son bâton de berger, sa fronde et cinq pierres polies et aiguës dans le lit du torrent.
On connaît le combat. Le bâtard tombe sous la fronde du berger. David lui coupe la tête et la rapporte au roi, au milieu des bénédictions de la multitude.