Quelle scène pastorale, quelle scène héroïque et quelle vérité! quelle simplicité, quelle naïveté de mœurs et de dialogue dans ce chapitre de la Bible! Homère est emphatique à côté. Excepté dans l'Odyssée, il n'a point d'invention poétique comparable à cette histoire des anciens jours.

Ajoutons: et quel début pour la vie d'un poëte et d'un héros!

XII

Cette fois Saül garde David dans son camp. Le fils du roi, Jonathas, s'attache au jeune berger de l'amour d'un frère, d'un amour de femme, dit la Bible, pour en exprimer la tendresse.

Après la bataille remportée par les Israélites, l'armée rentre en Judée aux acclamations de la multitude. Le peuple, qui aime surtout le merveilleux, et qui préfère partout les Jeanne d'Arc et les Dunois aux vieux rois, s'enthousiasme pour ce berger; il l'élève au-dessus de Saül lui-même dans ses bénédictions sur la route.

Le roi prend ombrage de cette popularité naissante. Il se souvient qu'il a été appelé au trône lui-même par Samuel, qui l'avait rencontré cherchant les ânesses de son père. Il soupçonne dans ce favori du peuple un instrument des prophètes. «De quelle famille est sorti cet enfant?» demande-t-il à son général Abner, et que lui faut-il de plus pour être roi?»

XIII

Saisi d'un accès de son mal sur la route, il veut frapper de sa lance le jeune harpiste qui chante et qui joue de son instrument auprès de sa couche. La lame mal dirigée est détournée par la Providence, ce hasard des grands hommes; elle ne perce que le mur. Cette préservation divine étonne et intimide de plus en plus le roi. Il cherche à lier l'enfant par la reconnaissance à sa famille, il lui donne sa fille Michol pour femme; mais il la lui donne pour sa ruine, dit-il lui-même, car il lui demande pour dot cent dépouilles d'ennemis, espérant qu'il périra dans tant de combats.

Deux cents dépouilles sont apportées. La popularité du héros s'accroît de tant de gloire; avec la popularité, la jalousie du roi. Saül propose à Jonathas, son fils, de le délivrer de David par l'assassinat. Jonathas avertit son ami, le fait cacher, intercède pour lui, le justifie, obtient sa grâce.

Mais cette réconciliation, ouvrage de l'amitié désintéressée du fils de Saül, ne dure pas. Une seconde fois Saül, saisi d'une fureur réelle ou simulée, pendant que son poëte l'endort aux sons de ses vers et de sa harpe, cherche à le percer de sa lance.