Mais tout se passa comme il avait été convenu entre Jonathas et son ami. Les flèches furent lancées, le but dépassé; l'enfant qui les rapportait fut écarté, sous prétexte de rapporter l'arc à la ville. David et son ami pleurèrent en s'embrassant et en se séparant.
Quelle scène pathétique que cette double amitié entre laquelle s'interpose vainement la compétition d'un royaume! Aucun poëme épique ne présente une plus touchante contradiction entre l'ambition et le cœur dans la destinée de deux adolescents qui s'aiment, pendant que leur destinée s'abhorre!
XVI
David, réduit au désespoir, s'en va vers Bethléem.
Dans une caverne, ses frères, ses amis, les bergers, les proscrits de la contrée se rassemblent autour de lui, au nombre de quatre cents hommes. Ils s'arment pour sa défense, et pour vivre non en factieux, mais en aventuriers, sur les frontières du royaume.
Le jeune chef va demander asile au roi voisin des Moabites.
La fureur contenue de Saül fait enfin explosion contre les prêtres qui favorisaient David; il en fait massacrer quatre-vingt-cinq par ses gardes iduméens, Arabes du désert qui ne respectent pas le sacerdoce hébraïque.
Ce coup d'État sanglant de Saül contre ceux qui l'ont élevé à la souveraineté ne fait qu'exaspérer la situation.
David grossit sa bande de tous les partisans du sacerdoce. Tantôt vainqueur, tantôt vaincu, il erre dans les forêts des bords du Jourdain qui servent de limites au désert.
Saül le poursuit avec trois mille hommes au désert d'Engaddi; le roi entre pour se reposer dans une de ces immenses cavernes creusées par les eaux dans les flancs des roches d'Engaddi. Nous y avons souvent dormi nous-même, poëte sans harpe et sans épée de l'Occident.