Voici les paroles de Confucius sur les cérémonies instituées pour le culte national, dont l'empereur était le pontife à titre de représentant du peuple tout entier.

«Le Ciel, le Tien ou Dieu, trois noms exprimant le Grand Être, répondit Confucius, est le principe universel; il est la source intarissable d'où toutes les choses ont émané; les ancêtres sortis les premiers de cette source féconde sont eux-mêmes la source des générations qui les suivent. Témoigner au ciel (Dieu) sa reconnaissance, est le premier des devoirs de l'homme; se montrer reconnaissant envers les ancêtres est le second. Pour s'acquitter à la fois de ce double devoir, le saint philosophe Fou-Hi établit avant moi les cérémonies envers les ancêtres. Comme il fonda tout le système politique sur le sentiment naturel et sur le devoir de la piété filiale, il détermina qu'aussitôt après avoir offert l'hommage au ciel, on offrirait par la bouche du Fils du ciel (le souverain) l'hommage aux ancêtres. Mais comme le ciel et les esprits des ancêtres ne sont pas visibles aux yeux du corps, il chercha dans le firmament des emblèmes pour les figurer et les représenter.»

Après avoir satisfait ainsi à leurs devoirs envers le ciel, auquel, comme au principe vivifiant et universel de toute existence, ils étaient redevables de leur propre vie, ils se tournent vers ceux qui, par la génération et la paternité, leur ont transmis successivement cette vie. Voilà toute la religion de nos pères.

Et il en prescrit ensuite en détail les cérémonies simples et symboliques[3].

XXX

Écoutons maintenant ce qu'il dit au roi, qui l'interroge sur les devoirs particuliers des ministres-philosophes chargés du soin du gouvernement.

«Le ministre-philosophe ne s'ingère pas de lui-même dans les honneurs; il attend qu'on l'y appelle. Il n'est occupé soir et matin que de son perfectionnement moral et politique par l'acquisition de quelque vertu ou de quelque connaissance spéciale qui lui manque, non pas pour s'en parer, mais pour les communiquer à ceux qui dépendent de lui.

«S'il sent qu'il ait assez de droiture et de fermeté pour remplir les grands emplois, il ne les refuse point quand on les lui présente; il les reçoit avec actions de grâces, et fait tous ses efforts pour les remplir dignement. Il n'ambitionne pas les honneurs, il ne cherche point à amasser des trésors; l'acquisition de la sagesse est le seul trésor après lequel il soupire: mériter le nom de sage est le seul honneur auquel il prétend.

«Il n'emploie, pour traiter les affaires, que des hommes sincères et droits; il ne donne sa confiance qu'à des hommes fidèles et sûrs; il ne rampe pas devant ceux qui sont au-dessus de lui; il ne s'enorgueillit pas devant ses inférieurs? il respecte les premiers; il est affable envers les autres: il rend à tous ce qui leur est dû.

«S'il s'agit de reprendre quelqu'un de ses défauts ou de lui reprocher ses fautes, il ne fait l'un et l'autre qu'avec une extrême réserve, et s'arrête tout court quand il le voit rougir. N'est-ce pas la miséricorde de l'Évangile?