Respect réciproque entre les citoyens des différentes conditions ou fonctions publiques;
Enfin, respect de soi-même fondé sur ce principe également logique et admirable: «Si haut qu'un homme soit placé, il doit respecter les autres, il doit se respecter soi-même. S'il se manque à soi-même, il manque à ses ancêtres qui sont en lui; s'il manque à ses ancêtres, il manque au premier ancêtre, à l'homme saint d'où est sortie toute la race humaine; s'il manque à ce premier homme, l'homme saint, il manque au Ciel (Dieu) de qui ce premier homme a reçu la vie. Les ancêtres sont les arbres chenus dont ceux qui vivent aujourd'hui ne sont que les rejetons. La racine est commune à tous, on ne saurait blesser un de ces rejetons, quelque petit qu'il soit, sans que la racine en soit offensée!» Que dites-vous de ces paroles?...
Magnifique solidarité entre les hommes nés et à naître et entre Dieu, justice et providence de toute cette famille humaine!
Ces entretiens entre le roi et son ministre sont un code complet de politique appliquée. Socrate n'est pas si législateur, il est ergoteur. Platon est le politique de l'imagination, Confucius est l'oracle de l'expérience.
XXXIV
Aussi poëte qu'il était musicien et politique, Confucius se délassait du gouvernement et de l'enseignement par quelques promenades dans la campagne avec ses disciples favoris. Il conservait encore à soixante-dix ans le goût et le talent des vers.
Un jour qu'il était sorti avec trois de ses disciples par la porte orientale de la ville, pour aller prier dans la campagne près d'un édifice en ruine situé sur une colline, ses disciples furent frappés de la gravité triste de sa physionomie.
Ils lui témoignèrent leur inquiétude sur le motif de cette tristesse qui ne lui était pas habituelle.
«Rassurez-vous sur moi, leur répondit-il, ce n'est point ma propre décadence qui m'inspire cette mélancolie, c'est la décadence et les vicissitudes des choses de la terre. Voyez ce monument qui s'écroule à quelques siècles du jour où il a été construit! Il contenait pourtant pour les hommes une idée éternelle. Apportez-moi mon kin (sorte de lyre dont les poëtes accompagnaient comme en Grèce leurs chants). Il accorda son instrument et chanta en improvisant les vers suivants:
«Quand les chaleurs de l'été finissent, le froid de l'hiver les remplace promptement. Après le printemps, l'automne s'avance; quand le soleil se lève, c'est pour marcher rapidement vers le bord du ciel où il se couche. Les fleuves de la Chine ne coulent du côté de l'Orient que pour aller s'engloutir dans le lit sans fond de la vaste mer.