Souveraine et orientale avec Titien, qui règne à Venise pendant une vie de quatre-vingt-quinze ans sur la peinture comme sur son empire, roi de la couleur qu'il fond et nuance sur sa toile comme le soleil la fond et la nuance sur toute la nature;

Pensive et philosophique à Milan avec Léonard de Vinci, qui fait de la Cène de Jésus-Christ et de ses disciples un festin de Socrate discourant avec Platon des choses éternelles; quelquefois voluptueux, mais avec le déboire et l'amertume de la coupe d'ivresse, comme dans Joconde, cette figure tant de fois répétée par lui du plaisir cuisant;

Monacale et mystique avec Vélasquez et Murillo en Espagne, faisant leurs tableaux, à l'image de leur pays, avec des chevaliers et des moines sur la terre et des houris célestes dans leur paradis chrétien;

Éblouissante avec Rubens, moins peintre que décorateur sublime, Michel-Ange flamand, romancier historique qui fait de l'histoire avec de la fable, et qui descend de l'Empyrée des dieux à la cour des princes et de la cour des princes au Calvaire de la descente de croix, avec la souplesse et l'indifférence d'un génie exubérant, mais universel;

Profonde et sobre avec Van-Dyck, qui peint la pensée à travers les traits;

Familière avec les mille peintres d'intérieur, ou de paysage, ou de marine, hollandais; artistes bourgeois qui, pour une bourgeoisie riche et sédentaire, font de l'art un mobilier de la méditation;

Enfin mobile et capricieuse en France, comme le génie divers et fantastique de cette nation du mouvement:

Pieuse avec Lesueur;

Grave et réfléchie avec Philippe de Champagne;

Rêveuse avec Poussin;