«Quoique Laure eût l'air tranquille, on ne peut douter qu'elle ne fût sensible à la douleur de ses compagnes; mais, tout occupée de ce qu'elle allait devenir, elle recueillait déjà en silence les fruits d'une vie innocente et pure. Son âme, prête à quitter sa belle demeure, rassemblant en elle-même toutes ses vertus, semblait avoir rendu l'air plus serein. Elle est morte doucement et sans effort, comme un flambeau qui pâlit et s'éteint. Son visage était plus blanc que la neige, mais on n'y voyait pas cette morne lividité qui annonce l'absence de vie; ses beaux yeux n'étaient pas éteints, ils paraissaient seulement fermés par le sommeil: elle avait l'air d'une personne qui se recueille pour prier. Enfin telle était la mort elle-même sur ce beau visage! dit son amant. Elle savait, ajoute-t-il, toutes les routes qui mènent au ciel!»
XXVIII
De ce jour tout ce qu'il y avait d'humain et de frivole encore dans la poésie amoureuse des sonnets de Pétrarque revêtit, pour ainsi dire, le deuil éternel de son âme: ses chants devinrent des cantiques, et la mort de celle qu'il aimait lui donna l'accent de la tombe et de l'éternité. Dans ceux qui aiment de l'amour surnaturel, de l'amour du beau et non de l'amour des sens, comme nous l'avons dit en commençant, l'amour est plus parfait après la mort de ce qu'on aime que pendant la vie de l'objet aimé. L'immortalité transforme le sentiment et l'amour devient culte. On le sent partout dans les sonnets de Pétrarque qui suivirent la mort de Laure; on trouve le poëte et l'amant dans les premiers, on trouve l'adoration et la piété dans les derniers: ils sont, pour les cœurs tendres, le manuel de la douleur et de l'espérance.
«Que fais-tu, ô mon âme! que penses-tu? Vers qui regardes-tu en arrière dans ce temps qui ne peut plus revenir?
«Les douces paroles, les tendres regards que tu as si souvent décrits, ô pauvre âme sans repos! sont enlevés à la terre!» etc.
«Allons chercher au ciel ce que nous ne pouvons plus trouver sur la terre!» etc.
Et ailleurs:
«Ô mes yeux! elle s'est obscurcie, notre aurore, et m'a rendu à moi-même plus insupportable le poids de mon existence!
«Oh! qu'il eût fait beau mourir il y a aujourd'hui trois ans!»
Écoutez encore: