D'ici je la voyais. Je reviens voir le lieu
D'où loin de ce bas monde elle est montée à Dieu
Sans voile, abandonnant son beau corps à la terre!
Ce sont les mêmes sentiments et presque les mêmes images que j'ai exprimés moi-même dans une forme plus large et infiniment moins parfaite que celle de Pétrarque, en écrivant l'ode élégiaque intitulée le Lac, dont quelques strophes sont restées dans la mémoire et dans le cœur de mon temps. Mais, hélas! ce n'est ni la langue ni le vers du poëte de Vaucluse! Le monde, depuis Virgile, n'avait pas eu un tel poëte; l'amour, depuis le christianisme, n'avait pas eu un tel amant! Entre Héloïse et Abeilard, Laure et Pétrarque, on a toute la poésie et toute la divinité de l'amour chrétien.
Lamartine.
(La suite au mois prochain.)
COURS FAMILIER
DE
LITTÉRATURE
XXXIIe ENTRETIEN.
VIE ET ŒUVRES DE PÉTRARQUE.
(2e PARTIE.)
I
L'amour de Laure était si réellement la vie intellectuelle et morale de Pétrarque qu'après la disparition de cette étoile de son âme à l'horizon de la terre le grand poëte cessa, pour ainsi dire, de vivre ici-bas pour suivre cette étoile au ciel; son âme, jusque-là légère, mobile, inquiète, quelquefois errante, sembla se revêtir du deuil éternel de Dante après la mort de Béatrice et s'ensevelir vivante dans le sépulcre et dans l'unique pensée de Laure. Ses sonnets deviennent graves et lapidaires comme des inscriptions sur des tombes.