«À son attitude, à ses paroles, à son visage, à ses vêtements, à cette tendre compassion pour moi mêlée dans ses yeux à sa propre douleur, j'aurais bien dû me dire, si je m'étais aperçu de tous ces signes de la mort: Celui-ci est le dernier des jours heureux de tes douces années!

«J'appelle maintenant, et il n'y a personne qui réponde!

«Ils ont fui, mes jours, plus rapides que le cerf des forêts; ils ont fui plus glissants que l'ombre, et ils n'ont goûté d'autre bien que pendant un battement de paupières quelques heures sereines dont je conserve l'impression dans mon âme, comme d'un breuvage amer et doux sur mes lèvres.

«Misérable monde, instable et trompeur! Bien aveugle est celui qui place en toi son espérance! C'est toi qui me dérobas un jour celle qui était tout mon cœur, et maintenant tu le retiens en poussière, semblable au cadavre qui est déjà en terre et où les os ne sont plus joints aux nerfs!

«Mais la meilleure partie d'elle, qui vit encore et qui vivra toujours là-haut dans la région la plus élevée du ciel, m'enamoure tous les jours davantage de ses immortelles perfections.

«Et je chemine solitaire pendant que mes cheveux changent de couleur, pensant en moi-même à ce qu'elle est aujourd'hui, et en quel séjour elle réside, et quelle félicité favorise ceux à qui il est donné de contempler sa ravissante vision.»

V

Mais en voici un qui porte sa date et son origine dans les exclamations de l'amant veuf de son amour, en revoyant vide le site où il a aimé. Si vous pouviez le lire dans la langue où il est psalmodié plutôt qu'écrit, vous reconnaîtriez, dans l'accent des vers, l'accent d'airain de la cloche funèbre qui tinte sur la tombe des morts!

«Sento l' aura mia antica e i dolci eolli!

«Je respire d'ici mon air antique, et je vois surgir devant moi ces douces collines où naquit celle dont la splendide lumière éblouit si longtemps de ses clartés mes yeux avides et heureux, celle dont la disparition les attriste et les mouille aujourd'hui de larmes!