Envoyé bientôt après en ambassade à Venise pour réconcilier les Vénitiens et les Génois, il échoua dans cette tentative. Les Vénitiens lui reprochèrent son penchant pour la cause de l'empereur.—«Vous, l'ami et le grand orateur de la liberté, lui écrivit le doge Dandolo, ne deviez-vous pas, au lieu de nous blâmer, nous louer de nos efforts pour écarter de l'Italie cette servitude impériale?»

Jean Visconti étant mort encore jeune pendant cette ambassade, Pétrarque fit l'oraison funèbre à ses funérailles. Visconti laissait trois fils, entre lesquels fut partagé son vaste héritage, qui comprenait toute la Lombardie.

XIV

Pendant ces événements de la Lombardie, des événements plus imprévus agitaient Rome.

On a vu que Rienzi, livré par le roi de Bohême au pape Clément VI, à Avignon, y languissait dans une honorable captivité. Clément VI était trop doux pour se venger sur un tribun qui avait dépassé ses pouvoirs, mais qui avait agi cependant comme mandataire du pape. Innocent VI était plus implacable; il fit juger Rienzi par une commission de cardinaux qui le déclarèrent hérétique et rebelle. Il allait subir le supplice quand un autre tribun s'éleva dans Rome, appelant le peuple romain à la liberté.

La cour d'Avignon, voulant opposer tribun à tribun, rendit la liberté à Rienzi et l'envoya à Rome comme délégué du pape. Rienzi triompha quelques jours alors à la tête de ses anciens partisans; mais, ayant renouvelé ses démences et ses cruautés, il fut assailli dans le Capitole par une émeute combinée des grands et de la populace. Reconnu sous le déguisement qu'il avait revêtu pour s'évader du Capitole, il fut percé de mille coups de poignard et traîné aux fourches patibulaires, où la ville entière outragea son cadavre. Insensé qui avait cru qu'on rallumait deux fois le feu éteint d'une popularité morte!

XV

Mais Pétrarque, déjà passé au parti de l'empereur, vit périr Rienzi avec indifférence.

Charles VI descendait alors en Italie. «La joie me coupe la parole, lui écrit Pétrarque; peu importe que vous soyez né en Allemagne, pourvu que vous soyez né pour l'Italie.» Invité par l'empereur à venir conférer avec lui, Pétrarque accourut à Mantoue. Le récit du long entretien de l'empereur et de Pétrarque prouve que l'empereur était aussi lettré que Pétrarque était politique. «Il me raconta toutes les circonstances de ma propre vie, dit Pétrarque dans la lettre où il écrit cet entretien, comme s'il eût été moi-même; il me conjura de venir à Rome avec lui. Denys ne reçut pas mieux Platon, ajoute le poëte, mais le poëte préféra son loisir et sa solitude à la gloire d'installer César à Rome!»

Charles VI, prince plus pacifique qu'ambitieux, négocia à Mantoue une paix facile, par la médiation de Pétrarque, entre lui et les Visconti. L'empereur se contenta de recevoir la couronne de fer à Milan, la couronne de césar à Rome. Vaines cérémonies qui signifiaient l'empire, mais qui ne le donnaient pas. Pétrarque, indigné de cette faiblesse, écrit de Milan à l'empereur une lettre pleine d'objurgations et presque d'outrages sur sa lâcheté et sur son retour ignominieux en Allemagne.