COURS FAMILIER
DE
LITTÉRATURE

XXXIVe ENTRETIEN.

LITTÉRATURE, PHILOSOPHIE, ET POLITIQUE DE LA CHINE.

I

Les circonstances aujourd'hui nous commandent le sujet. Nous avions préparé depuis longtemps ces entretiens littéraires sur la Chine; comme tous ceux qui l'ont profondément étudiée, nous l'admirons.

Quittons donc un moment l'Europe et les Indes, terres de l'imagination, traversons le Thibet qui sépare d'une muraille presque perpendiculaire de glace les deux plus vastes empires du monde, et jetons un regard profond sur la Chine, ce pays de la raison par excellence.

La littérature en Chine est presque entièrement politique et législative.

Après la religion et la philosophie, la politique est la plus haute application de la littérature aux choses humaines. C'est donc là surtout qu'il faut étudier la littérature politique. Cette étude nous conduira aux plus hautes théories du gouvernement des sociétés. Il y a loin de là, sans doute, aux futiles questions d'art, de langue, de prose ou de vers; mais l'art, la langue, la prose ou les vers ne sont que les formes des idées; c'est le fond qu'il faut d'abord considérer, si nous voulons que ce cours de littérature universelle soit en même temps un cours de pensée et de raison publique.

Nous allons dire ici toute notre pensée sur la politique; on va voir que cette pensée n'est pas plus anarchique que celle de Montesquieu, et beaucoup moins chimérique que celle de Fénelon. Laissons l'utopie aux vers: la prose est la langue de vérité.

II