On rougit de la logique, de la parole et du talent en voyant employer la logique, la parole et le talent à professer de tels suicides.

Cherchons donc ailleurs une littérature politique émanant des instincts primordiaux de l'homme et puisant ses principes dans la nature pour les développer par la raison.

Cette littérature de la sagesse sociale pratique, il faut l'avouer, ce n'est ni aux Indes, ni en Égypte, ni en Grèce, ni en Europe que nous la trouverons approchant le plus de sa perfection, c'est en Chine. Nous allons essayer de vous le démontrer, non par des considérations systématiques qui n'auraient d'autre autorité que celle d'une opinion, mais par des textes et par des faits, ces arguments sans réplique.

VII

Dépouillez-vous un moment de tout préjugé de patrie, de lieu, de race et de temps, et demandez-vous dans le silence de votre âme:

1o Quel est le plus instinctif et le plus naturel des gouvernements à la naissance des sociétés? Vous vous répondrez: C'est le gouvernement paternel.

2o Quel est le plus noble et le plus progressif des gouvernements? Vous vous répondrez: C'est le gouvernement de l'intelligence, c'est-à-dire celui qui donne la supériorité aux plus capables.

3o Quel est le plus juste des gouvernements? Vous vous répondrez: C'est le gouvernement unanime, c'est-à-dire celui qui gouverne au profit du peuple tout entier, qui ne fait point acception de classes, de castes, de privilégiés de la naissance ou du sang, mais qui ne reconnaît dans tous les citoyens que le privilége mobile et accessible à tous de l'éducation, du talent, de la vertu, des services rendus ou à rendre à la communauté.

4o Quel est le gouvernement le plus moral? Vous vous répondrez: C'est celui qui puise toutes ses lois dans le code de la conscience, ce code muet écrit en instincts dans notre âme par Dieu.

5o Quel est le gouvernement le plus propre à développer en lui et dans le peuple, la raison publique? Vous vous répondrez: C'est celui qui, au lieu de porter des décrets brefs, absolus, non motivés et souvent inintelligibles pour les sujets obligés de les exécuter, raisonne, discute, motive longuement et éloquemment, dans des préambules admirables, chacun de ses décrets, en fait sentir le motif, la nécessité, la justice, l'urgence, en un mot les fait comprendre afin de les faire ratifier par la raison publique.