Sa réputation de science et de sagesse groupa bientôt autour de lui un petit nombre de ces hommes de bonne volonté qui ont un goût naturel pour la supériorité de l'esprit ou de l'âme et que la Providence semble appeler spécialement dans tous les pays et dans tous les temps à faire écho et cortége aux grandes intelligences. Ces disciples volontaires et dévoués furent tout l'empire de Confucius. Comme ils étaient eux-mêmes les plus purs et les plus estimés des jeunes gens du royaume, l'opinion publique conçut un grand respect pour l'homme que de tels hommes reconnaissaient comme leur maître. C'est ainsi que Pythagore, Zoroastre, Socrate, Platon, avant d'avoir une doctrine publique, eurent un auditoire de disciples bien-aimés qui répercutait leur parole à l'univers.

XXI

Appelé par les souverains des royaumes voisins pour conseiller la politique des princes ou réformer les mœurs, il voyagea comme Platon, semant partout la piété et le bon ordre entre les hommes. Mais il revenait toujours, malgré les offres de ces princes et de ces peuples, dans le petit royaume de Lou sa patrie. «Je dois d'abord, disait-il, faire le bien où le ciel m'a fait naître. La première des vocations, c'est la naissance; le premier des devoirs, après la famille, c'est la patrie!»

Il visita surtout les philosophes les plus renommés par leur doctrine dans toutes les villes de l'empire, et se fit humblement leur disciple afin de se rendre plus digne d'enseigner à son tour.

À trente ans, il déclara à ses parents et à ses amis qu'il se sentait dans toute la plénitude de forces que le ciel accorde aux hommes, et que «l'horizon de toutes les choses divines et humaines (la vérité) lui apparaissait enfin comme d'un point culminant d'où l'on voit l'univers.» Il ouvrit, pour la première fois, dans sa propre maison, une école publique d'histoire, de science, de morale et de politique; puis s'élevant bientôt à une mission plus haute et plus universelle: «Je sens enfin, dit-il, que je dois le peu que le ciel m'a donné ou qu'il m'a permis d'acquérir à tous les hommes, puisque tous les hommes sont également mes frères et que la patrie de l'humanité n'a pas de frontière.»

Il partit alors suivi d'un grand nombre de disciples de tous les royaumes voisins pour aller, non prophétiser, mais raisonner dans tout l'empire où l'on parlait la langue de la Chine.

L'espace limité de ces pages ne nous permet pas ici d'entrer dans le récit circonstancié de ces longues missions philosophiques et de rapporter les mille anecdotes et les cent mille leçons dont chacun de ses pas fut l'occasion.

Ses missions donnent l'idée d'un Socrate ambulant qui, au lieu de prêcher de rue en rue et de porte en porte dans la petite bourgade d'Athènes, prêche de royaume en royaume et répand son esprit sur trois cent millions d'auditeurs. Mais au lieu que Socrate discute, conteste, réfute, argumente, sophistique sans cesse sa pensée et fait un pugilat d'esprit de sa philosophie, Confucius se contente d'exposer et de répandre la sienne sans autre artifice et sans autre polémique que l'évidence instinctive et persuasive dont Dieu fait briller par elle-même toute vérité morale comme toute vérité mathématique.

C'est là la différence essentielle entre Socrate et Confucius. Socrate est un lutteur, Confucius est un ami; Socrate est un railleur, Confucius est un consolateur; on sort de la conversation de Socrate réduit au silence mais aigri et humilié; on sort de la conversation de Confucius convaincu, édifié et charmé.

XXII