«Mais, interrompit Lieou-Ouen-Koung, cet homme si parfait, selon vous, que laissera-t-il de lui qui puisse faire l'admiration de la postérité?

«Si les belles instructions de Yao et de Chun, répondit Tchang-Houng, viennent à se perdre; si les sages règlements des premiers fondateurs de notre monarchie viennent à être oubliés; si les cérémonies et la musique[1] sont négligées ou corrompues; si enfin les hommes viennent à se dépraver entièrement, la lecture des écrits que laissera Confucius les rappellera à la pratique de leurs devoirs, et fera revivre dans leur mémoire ce que les anciens ont su, enseigné et pratiqué de plus utile et de plus digne d'être conservé.»

On rapporta à Confucius le magnifique éloge que Tchang-Houng avait fait de lui. «Cet éloge est outré, répondit notre philosophe à ceux qui le lui rapportèrent, et je ne le mérite en aucune façon. On pouvait se contenter de dire que je sais un peu de musique et que je tâche de ne manquer à aucun des rites.»

XXV

À son retour dans sa patrie Confucius la trouva, comme Solon, asservie sous plusieurs ministres ambitieux ligués contre la liberté. Malgré sa répugnance à sortir de ses études philosophiques pour se mêler aux soins du gouvernement, il consentit, à la voix du peuple et du roi, à prendre provisoirement en main le gouvernement pour rétablir l'ordre, les mœurs, la justice, la hiérarchie dans l'État. Il fut dans les hautes affaires ce qu'il avait été dans la philosophie spéculative, philosophe et homme d'État à la fois. Son administration sévère et impartiale intimida les méchants et rassura les bons; sa politique ne fut que la raison appliquée au gouvernement de son pays. C'est à cette époque de sa vie active que se rapportent ses plus belles maximes et ses plus belles institutions.

Cette politique de Confucius, partout confondue avec la morale, se résume ainsi:

Le tien, mot qui veut dire le ciel vivant ou le Dieu universel qui crée, recouvre, enveloppe et retire à soi toute chose; le ciel est père de l'humanité.

C'est lui qui nous dicte ses lois par nos instincts naturels et qui a mis un juge en nous par la conscience.

Cette conscience nous inspire et nous impose des devoirs réciproques les uns envers les autres.

Ces devoirs, rédigés en codes par les premiers législateurs des hommes, sont exprimés par des rites ou cérémonies, expression extérieure de ces devoirs religieux et civils.