—«Homme de Dieu! s'écria l'ermite... Et aussitôt de se précipiter aux genoux du saint pâtre, en pleurant à chaudes larmes. Moi! se peut-il que je vous absolve? Ah! que l'eau pleuve de mes yeux! et sur moi que votre main s'étende, car c'est vous qui êtes un grand saint, et moi le pécheur.»

Et cela vous fait voir, jeune langue, qu'il ne faut jamais se moquer de l'habit. Comme un grain de raisin (je l'ai vu), notre jeune maîtresse est devenue vermeille dès que le nom de Vincent a été prononcé. Voyons, belle enfant, là est quelque mystère.—«Je veux, dit Mireille, me cacher en un couvent de nonnes à la fleur de mes ans plutôt que de me laisser unir à un époux.» On rit, on se moque de son serment. Cela amène la belle Nore à chanter la ballade provençale de Magali.

Et telles, comme, quand une cigale grince dans un sillon son chant d'été, toutes les autres cigales en chœur reprennent son même chant, telles les jeunes filles en chœur répétaient toutes ensemble le refrain de la ballade de Nore.

Voici la ballade:

XVI

«Ô Magali, ma tant aimée, mets la tête à la fenêtre; écoute un peu cette sérénade de violon et de tambourin! Le ciel est là-haut, plein d'étoiles; le vent tombe, mais les étoiles en te voyant pâliront.»

—«Pas plus que du murmure des branches de ton aubade je me soucie. Mais je m'en vais dans la mer blonde me faire anguille de rocher.»

«Ô Magali, si tu te fais le poisson de l'onde, moi, pêcheur je me ferai; je te pêcherai.»

—«Oh! mais si tu te fais pêcheur, quand tu jetteras tes filets je me ferai l'oiseau qui vole, je m'envolerai dans les landes.»

«Ô Magali, si tu te fais l'oiseau de l'air, je me ferai, moi, le chasseur; je te chasserai.»