«Ses petits trésors de jeune fille étaient là: sa couronne, de la première fois qu'elle fit son bon jour (sa communion); un brin de lavande flétrie, un petit cierge usé, presque en entier, et bénit pour dissiper les foudres dans le sombre éloignement.

«Elle, avec un lacet blanc, d'abord se noue autour des hanches un rouge cotillon, qu'elle-même a piqué d'une fine broderie carrelée, petit chef-d'œuvre de couture; sur celui-là, d'un autre bien plus beau lestement elle s'attife encore.

«Puis dans une casaque noire elle presse légèrement sa petite taille, qu'une épingle d'or suffit à resserrer; par tresses longues et brunes ses cheveux pendent et revêtent comme d'un manteau ses deux épaules blanches; mais elle en saisit les boucles éparses,

«Vite les rassemble et les retrousse à pleine main, les enveloppe d'une dentelle fine et transparente; et, une fois les belles touffes ainsi étreintes, trois fois gracieusement elle les ceint d'un ruban à teinte bleue, diadème arlésien de son front jeune et frais.

«Elle attacha son tablier; sur le sein, de son fichu de mousseline elle se croise à petits plis le virginal tissu. Mais son chapeau de Provençale, son petit chapeau à grandes ailes pour défendre des mortelles chaleurs, elle oublia, par malheur, de s'en couvrir la tête...

«Cela fini, l'ardente fille prend à la main sa chaussure; par l'escalier de bois, sans faire de bruit, descend en cachette, enlève la barre pesante de la porte, se recommande aux bonnes Saintes, et part, comme le vent, dans la nuit qui transit le cœur.

«C'était l'heure où les constellations aux nautonniers font beau signe. De l'Aigle de saint Jean, qui vient de se jucher aux pieds de son évangéliste, sur les trois astres où il réside, on voyait clignoter le regard. Le temps était serein et calme et resplendissant d'étoiles.

«Et dans les plaines étoilées, précipitant ses roues ailées, le grand Char des âmes, dans les profondeurs célestes du Paradis prenait la montée brillante, avec sa charge bienheureuse; et les montagnes sombres regardaient passer le Char volant.

«Mireille allait devant elle, comme jadis Maguelonne, celle qui chercha si longtemps, éplorée, dans les bois, son ami Pierre de Provence, qui, emporté par la fureur des flots, l'avait laissée abandonnée.

«Cependant, aux limites du terroir cultivé, et dans le parc où se rassemblent les brebis, les pâtres de son père allaient traire déjà, et les uns, avec la main, tenant les brebis par le museau, immobiles devant les abris-vent, faisaient téter les agneaux bruns. Et sans cesse on entendait quelque brebis bêlant...